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N° Ecrit
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Signe (*)
Provenance
Date
121
Abbé Nicola Mazza
0
Florence
31.10.1864

N° 121 (117) - A L'ABBE NICOLA MAZZA

AMV, Cart. "Missione Africana"

Florence, le 31 octobre 1864

Monsieur le Supérieur bien-aimé,


 

[928]
J'espère que vous avez reçu ma dernière lettre écrite il y a dix jours. Dans cette présente lettre je vous répète ce que je vous ai dit dans la dernière : mes sentiments envers un Père à qui je dois tout restent les mêmes.

Je peux ici vous en dire plus, jeudi, j'ai été appelé chez le Saint-Père par l'intermédiaire du Cardinal Barnabò. Je suis resté avec lui une heure dix, et j'ai été reçu dans la chambre à coucher. J'ai parlé pendant trois quarts d'heure du nouveau Plan pour l'Afrique ; ensuite, j'ai lu une très belle lettre que la petite Matilde de Canossa avait écrite au Pape. Oh, quels beaux sentiments transparaissaient chez cette angélique créature. Le Saint-Père en était très content, et il m'a chargé de lui donner sa bénédiction.


[929]
Je lui ai parlé longuement de vous , mon cher Supérieur de l'Institut et du parement liturgique. "Comment va mon bon vieux Mazza ? - m'a dit le Saint-Père - dites-lui que je l'aime bien et que je lui donne de tout cœur ma bénédiction". Ensuite, en parlant du parement il m'a dit : "très beau, très beau ; je vous assure que je n'ai jamais vu un travail aussi bien fait. Le Cardinal Barnabò l'avait porté l'été dernier à Saint Philippe et il l'a mouillé de sa transpiration. J'ai alors ordonné qu'il ne soit pas utilisé en été pour ne pas l'abîmer ; j'aimerais qu'il soit conservé ici dans le palais pontifical comme un monument précieux de l'art. J'envoie une bénédiction spéciale à mon cher Mazza ". En somme, le Pape aime bien l'Institut et tout particulièrement son Chef.


[930]
En ce qui concerne l'Afrique, je suis content de voir que mes idées sont bien accueillies par le Pape. "Je suis content que vous vous occupiez de l'Afrique : maintenant, allez à Paris et présentez le Plan à la Pieuse Œuvre de la Propagation de la Foi.

Ensuite le Cardinal Barnabò, compte tenu de l'assistance que vous prêtera la France, établira une circulaire pour tous les Vicaires et les Préfets Apostoliques de l'Afrique, et je ferai moi-même le Décret d'approbation. Je vous charge d'étudier la manière d'associer toutes les autres Institutions et Sociétés au Plan : je vous donne ma bénédiction etc. "Labora sicut bonus miles Christi" ("Travaille comme un bon soldat du Christ"). Ces dernières paroles ont eu un écho particulier au fond de mon cœur. Le Père Rossi, Confesseur d'Antonelli, le Cardinal Barnabò et beaucoup d'autres m'ont dit que mon Plan était le seul moyen de porter la Foi en Afrique centrale.


[931]
Je n'ai aucun mérite, mon bien-aimé Supérieur ; quand je suis venu à Rome, je ne pensais pas du tout au Plan. La Providence a conduit mon cœur et mon esprit. J'aurais dû consulter mon Supérieur avant de faire quoi que ce soit. Mais je savais que j'aurais pu expliquer très peu de choses dans une lettre, que le Supérieur prend d'habitude toujours beaucoup de temps, et qu'il ne m'aurait donné son avis qu'après une longue réflexion. J'ai donc décidé de suivre l'impulsion de mon cœur. Je pense avoir bien fait.

Outre le grand bien que le Plan apportera à l'Afrique en stabilisant pour de nombreux siècles les entreprises africaines, il en découlera aussi la réalisation de votre Plan. En effet, le Cardinal Barnabò m'a assuré qu'après le traité signé avec Paris, il décrétera la création de deux Vicariats ou Préfectures Apostoliques, et il en confiera une, à mon choix, à l'Institut Mazza. Et du moment que les territoires des Denka, des Agnarquais etc. ont plu à l'Abbé Beltrame, et qu'il les avait lui-même explorés et bien décrits, je pourrais faire affecter le Nil Oriental à l'Institut. Mais pour cela, j'attend votre avis. En outre, je suis persuadé qu'avec mon Plan, l'Institut s'enrichira de nombreux sujets et qu'il se développera grâce à la mission.


[932]
Je possède une lettre en allemand reçue il y a 20 jours et qui m'a été envoyée par un membre du Comité de Vienne, qui me dit : "Si vous ne venez pas au secours de la Mission, elle tombera". J'ai fait parvenir au Comité l'essentiel de mes intentions par un moyen sûr. Le Cardinal et le Père Lodovico m'ont montré leurs communications avec Vienne. Je vous en parlerai de vive voix. Le Général des Franciscains a beaucoup insisté auprès du Cardinal et du Pape pour avoir l'absolue juridiction de l'Afrique. L'évêque d'Egypte en aurait été le Pro-Vicaire.


[933]
Mon Plan a fait échouer leurs projets, et a éliminé pour toujours l'obstacle le plus terrible qui empêchait notre Institut de réaliser le dessein projeté en 1849.

Il est vrai que le Cardinal avait promis de donner la tribu du désert comme l'avait proposée l'Abbé Beltrame. Mais celle-ci n'est pas composée de Noirs, et nos deux Instituts de Vérone n'ont aucune relation avec cette tribu. En outre, nous n'aurions eu aucune aide de Vienne avec un pareil système. En revanche, avec le corollaire à mon Plan, je pourrai faire affecter à l'Institut la partie Orientale ou Occidentale du Nil qui s'étale entre le Tropique du Cancer et l'Equateur, c'est-à-dire d'Assouan à Schellal jusqu'aux sources du Nil.

Etudiez bien cela, mon cher Supérieur, et vous verrez comment j'ai été conduit par Dieu qui sait faire surgir le bien du mal, et que j'ai agi sous l'inspiration de la Bienheureuse Alacoque, en suivant vos intentions et votre dessein.


[934]
En secondant vos intentions, j'exécute l'ordre du Cardinal Barnabò. Et du moment que je dois présenter le Plan à différentes Sociétés d'Allemagne, de France et d'Espagne, j'en imprimerai quelques copies pour avoir l'avis, les observations et les modifications proposées par les plus éminentes personnalités et Prélats de l'Europe Catholique. J'espère bien pouvoir publier le Plan au printemps prochain. Vous, mon Supérieur, faites le nécessaire pour envoyer en Egypte des Africains, hommes et femmes, et des missionnaires. Deux maisons dépendantes de l'Institut Mazza doivent déjà fleurir au Caire l'été prochain pour l'Afrique Centrale.


[935]
Je suis sûr que certains de nos jeunes prêtres s'associeront à la mission. Avec l'ancien système, aucun des nouveaux prêtres ne s'y serait associé. En outre, le Pape m'a dit ouvertement qu'il n'aurait jamais donné sa bénédiction à aucun Missionnaire pour aller s'établir d'emblée en Afrique Centrale ; et le même Pape était résolu à supprimer le Vicariat. J'espère avoir écrit mon Plan clairement afin d'être bien compris. Maintenant que le Pape a prononcé la phrase : travaille comme un bon soldat du Christ, je ne crains plus rien. Je rencontrerai les plus durs obstacles, surtout à cause de l'esprit frocard qui n'est pas toujours animé par l'esprit de charité évangélique. Mais je ne crains rien. Le Dieu des miséricordes supprimera la terrible malédiction qui pèse depuis plusieurs siècles sur les misérables fils de Cham.

Rappelez-vous, mon cher Supérieur, que je vous aime bien et que je désire profondément ne pas être indigne d'être



votre véritable fils

Abbé Daniel




122
Père Lodovico da Casoria
0
Florence
31.10.1864

N° 122 (N.118) - AU PERE LODOVICO DA CASORIA

AFBR

Florence, le 31 octobre 1864

Révérend Père Lodovico,


 

[936]
Je ne vous ai pas écrit de Rome, car j'ai su par le Cardinal Barnabò que le Père Général vous a transmis la réponse favorable du Vicaire Apostolique d'Egypte. Installez donc les deux Instituts en Egypte, et je m'occuperai, moi, de vous faire affecter un grand territoire en Afrique Centrale, et de convaincre le Comité de Vienne de vous faire parvenir une somme d'argent chaque année.

Ce que le Comité vous a écrit concernant la Convention avec l'Institut Mazza, il l'a aussi écrit au Cardinal Barnabò. Je peux vous assurer que mon Institut n'a eu aucune communication avec Vienne, sauf par mon intermédiaire ; je suis le seul à avoir parlé et écrit au Comité. Et je vous promets de m'engager fermement.


[937]
J'ai présenté à Barnabò mon avis sur la meilleure façon d'agir en faveur de l'Afrique. Il a appuyé mon Plan et il m'a ordonné, au nom du Pape, de me rendre tout de suite à Paris, puis à Vienne. Six mois ne s'écouleront pas, mon bon Père, avant que Vienne n'alloue une importante somme d'argent pour vos grandes œuvres.

C'est en toute confidentialité que je vous parle. J'ai laissé une note à la Propagande, dans laquelle j'ai proposé de confier une grande partie de l'Afrique à la Province réformée franciscaine de Naples appelée Palma. J'ai fait cela dès mon arrivée de Naples. Avant de quitter Rome, le Cardinal m'a dit que, suite à la réalisation du traité avec la Propaganda de Paris, il assignera la Mission tant désirée au Père Lodovico et à ses successeurs. Rien ne sert de courir, il suffit d'arriver à point. Je pousserai certainement le Cardinal à appuyer ma proposition à Vienne en faveur de la Palma, au cas où (ce que je ne crois pas) on me la refuserait.


[938]
En somme, Père Lodovico, vous savez bien que les œuvres de Dieu doivent rencontrer des obstacles dans le monde ; Dieu nous assistera pour notre bien-aimée Afrique. C'est pour moi une grande consolation.

Jeudi, je suis resté 70 minutes avec le Pape. Il m'a encouragé à m'occuper de l'Afrique, et puisque mon Plan lui plaisait, il m'a congédié en me disant : "travaille comme un bon soldat du Christ." Il n'y a plus de puissance humaine qui puisse maintenant me faire reculer d'un pas. Dieu veut que l'on travaille pour l'Afrique. La Palma, c'est comme un premier test pour ensuite mettre en place les autres institutions. Mon Plan exclut en général l'éducation des Africains en Europe ; mais que le Père Lodovico fasse ce que Dieu lui inspire ; d'abord, parce qu'il est guidé par Dieu, mais aussi parce que Naples, par rapport à Vérone et au reste de l'Europe, est un cas particulier. Saluez les Africains et l'Abbé Francesco de ma part, et priez pour votre



Abbé Daniel






123
Chanoine Giovanni C. Mitterrutzner
0
Vérone
8.11.1864

N° 123 (N. 119) - AU CHANOINE GIOVANNI C. MITTERRUTZNER

ACR, A, c. 15/61

Vérone, le 8 Novembre 1864

Mon très cher Professeur,


 

[939]
Je quitte Vérone demain par le premier train pour être le soir à Brixen. J'espère que nous pourrons étudier ensemble le nouveau Plan pour l'Afrique que j'ai présenté à la Sacrée Congrégation de Propaganda Fide. Le Pape au cours des quatre audiences, en particulier dans celle du 28 octobre dernier, m'a encouragé à m'occuper de l'Afrique, me disant les réconfortantes paroles suivantes : "travaille comme un bon soldat du Christ".

Son Eminence le Cardinal Barnabò, en accord avec le Pape, m'envoie immédiatement à Lyon et à Paris pour m'entendre avec la Direction de la Pieuse Œuvre de la Propagation de la Foi. Je partirai dans 15 jours, mais je veux d'abord m'entendre avec vous, pour mettre en évidence, en tant que corollaire de mon Plan, l'immédiate réintégration de la Mission de l'Afrique Centrale selon le désir de l'éminent Comité de Vienne. A ce sujet, j'ai déjà entamé des démarches avec Barnabò et tout devrait se réaliser dès mon retour de Paris.


[940]
Les Franciscains et tout spécialement le Général sont réduits, sans s'en rendre compte, à l'impuissance, grâce à un coup de politique que j'ai assené au bon moment et en lieu opportun, au point qu'ils souhaitent l'immédiate exécution de mes négociations à Paris, et céder la moitié de la juridiction sur l'Afrique Centrale.

Que tout cela reste entre nous. Nous nous entendrons mieux de vive voix.

Dieu fait surgir le bien du mal. J'ai l'intention de mettre les bons missionnaires allemands sur le terrain, et d'associer Kirchner à mon travail.



Votre ami affectionné

Abbé Daniel






124
Abbé Goffredo Noecker
0
Brixen
9.11.1864

N° 124 (120) A L'ABBE GOFFREDO NOECKER

"Jahresbericht..." 12 (1864), pp. 86-91

Brixen, le 9 Novembre 1864

Très honorable Monsieur,


 

[941]
J'espère que vous avez reçu mes deux dernières lettres de Rome ; dans la première, je vous donnais un bref compte-rendu, et dans l'autre, je voulais partager avec vous mon idée sur un nouveau Plan pour la conversion des Noirs.

J'imagine votre étonnement de me voir toujours en voyage, et que je sois actuellement à Brixen. Mais vous devez savoir que l'Afrique et les pauvres Noirs ont conquis mon cœur qui ne vit que pour eux, en particulier depuis que le Représentant de Jésus Christ, le Saint-Père, m'a encouragé à travailler pour l'Afrique. Pour cette raison, vous me pardonnerez si je quitte mes Africains, qui d'ailleurs restent en bonne compagnie, pour travailler au bénéfice de toute leur race.


[942]
Selon les dernières nouvelles, la mission de l'Afrique Centrale a quasiment disparu. Seuls un père et un frère franciscain se trouvent encore actuellement à Khartoum. Le Fleuve Blanc a été complètement abandonné ainsi que la station de Schellal.

La présidence de la Société de Marie à Vienne, qui a beaucoup travaillé pour le maintien de la Mission en Afrique Centrale, cherche à la reconstituer par tous les moyens possibles. A Rome, aussi Propaganda Fide était d'avis d'abandonner complètement cette mission, pour le moment, parce qu'elle ne pouvait pas être menée à bien par les missionnaires européens. Une fois arrivé à Rome, et après avoir parlé du nouveau Plan conçu à Cologne et réfléchi pendant le voyage de Cologne à Mayence, j'ai été chargé par le Cardinal de mettre par écrit ces idées et de rassembler pour mon Plan tous ceux qui travaillent pour l'Afrique.


[943]
Le Plan a plu au Pape et au Cardinal Barnabò, mais sa réalisation doit se heurter à de nombreux obstacles, parce que l'esprit de l'amour de Jésus Christ fait vraiment défaut dans de nombreuses classes et institutions, surtout à cause de la politique.


[944]
L'œuvre doit être catholique et non pas espagnole, ni française, ni allemande ni italienne. Tous les catholiques doivent aider les pauvres Noirs, car une seule nation n'arrive pas à secourir la race noire. Les initiatives catholiques, comme celle du vénérable Olivieri, de l'Institut Mazza, du Père Lodovico, de la Société de Lyon etc. ont sans doute fait beaucoup de bien à quelques Noirs, mais jusqu'à présent, on n'a pas encore commencé à implanter le Catholicisme en Afrique et à l'assurer pour toujours.

Par contre, grâce à notre Plan, nous espérons ouvrir la route à la Foi catholique dans toutes les tribus, sur tout le territoire habité par les Noirs. Pour obtenir cela, il me semble nécessaire d'unir toutes les initiatives existantes jusqu'à présent.

Ces initiatives, en gardant bien présent à l'esprit le noble but, doivent ignorer leurs intérêts particuliers.


[945]
Vous comprendrez quel merveilleux avenir est réservé à votre Société de Cologne qui, d'une certaine manière est l'auteur du nouveau projet, étant donné que je n'ai eu l'idée du Plan qu'après la rencontre avec les Messieurs de la Présidence. Je vous ai envoyé une ébauche du Plan, à laquelle j'ai ajouté un prospectus concernant les Vicariats et les Préfectures apostoliques qui entourent l'Afrique. J'ai ensuite développé davantage l'idée de la fondation de quatre centres d'études de niveau universitaire et de plusieurs écoles d'arts et métiers autour de la grande péninsule de l'Afrique, et en dernier, j'ai exposé le rôle du Comité Central, que nous fonderons dans une grande ville d'Europe.


[946]
Je vous enverrai de Lyon, où je me rends ces jours-ci, le Plan complet, comme il l'est actuellement, et je vous prie de le lire et de l'examiner avec les éminents membres de la Présidence et d'autres hommes prudents avant mon arrivée à Cologne.


[947]
Je suis ici à Brixen chez l'infatigable Dr. Mitterrutzner, véritable bienfaiteur de la mission africaine. Il approuve mon Plan et il le considère nécessaire à l'amélioration de la situation des missions sur la côte et pour rayonner à l'intérieur de l'Afrique.

J'espère que le succès de mon initiative de reprise des missions détruites sera un fait accompli dans les prochains mois. J'ai rencontré M. Mitterrutzner à ce sujet. Lui-même essayera de négocier en ma faveur avec la Société de Marie à Vienne, tandis que moi, chargé par le Cardinal Barnabò, je soumettrai le Plan à la Direction de la Propagation de la Foi à Lyon et à Paris. Je partirai ensuite vers Cologne.

En passant par le Piémont, je veux en apprendre plus sur la mort du vénérable Olivieri et sur ses conséquences. Je vous en communiquerai les résultats à Cologne.


[948]
Permettez-moi de remercier encore une fois la Société de Cologne pour la grande aide que j'ai reçue à Vérone pour mes Noirs. Vous n'imaginez pas l'importance de ce bienfait. J'essaye de vous en donner une idée afin que vous puissiez connaître quel est votre mérite et celui de vos associés devant Dieu.


[949]
Nos Instituts doivent subvenir aux besoins de 600 enfants, 200 garçons et 400 filles y compris les Africains des deux sexes. Nous n'avons aucune rentrée financière sauf les revenus d'un petit terrain et de quelques maisons. Le loyer qu'on en tire suffit à maintenir une douzaine de personnes au maximum.

Le révérend fondateur Mazza a donné tout ce qu'il possédait au profit de l'Institut, et il ne veut pas qu'on parle d'argent. Il dit toujours que seule la Providence constitue le fondement et le soutien de son Institut. Il est un miracle de confiance et d'abnégation. Depuis que la Vénétie et la Lombardie, il y a bientôt 12 ans, ont perdu l'exploitation du vin et de la soie qui constituaient les plus grandes richesses du pays, les actes de bienfaisance aussi ont diminué.

Si la Providence nous donne ce qui est nécessaire pour le jour présent, nous ne savons pas comment faire pour le lendemain. Vous pouvez aisément comprendre que la nourriture pour les enfants est souvent maigre.


[950]
L'abbé Mazza s'était toujours occupé des vêtements, mais depuis quelques années, il est dépourvu de tout moyen. Les petites filles européennes ont toujours un père ou une mère, un oncle ou une tante, un tuteur ou un protecteur qui leur envoient des aides. Mais personne ne pense aux pauvres Africaines (lesquelles, comme vous savez, se trouvent dans l'Institut déjà depuis longtemps, bien avant les garçons), il n'y avait que les institutrices de l'Institut qui donnaient très souvent leur nourriture aux pauvres Noires. L'abbé Mazza voyait tout cela et il en souffrait de façon indicible, sans pouvoir pour autant y apporter un quelconque remède.

Dès mon retour d'Afrique, j'ai beaucoup travaillé pour aider ces pauvres filles en destinant à leur maintien mes salaires et tout ce que je recevais de mon ministère. Finalement, la Providence m'a fait connaître la Société de Cologne. J'ai demandé de l'aide, et mes vœux ont été immédiatement exaucés. Depuis lors, les choses vont bien pour mes Africains ; ils sont habillés, et ils étudient sans préoccupation et ils ne doutent pas de l'aide de la Providence : vêtements, chauffage, bois, pain deux fois par jour, boissons, viande trois fois par semaine, papier, livres, médicaments, meilleure nourriture pour les malades. Tout ce qui est nécessaire leur est acheté avec l'argent que je reçois de Cologne. Mais l'épouvantable maladie qui les a tous touchés et gardés au lit toute l'année, et suite à laquelle trois ont trouvé la mort, a particulièrement touché la bourse. Sans l'aide de Cologne, je ne sais pas comment j'aurais pu m'en sortir pour éloigner le risque de voir de nombreuses autres personnes trouver la mort.


[951]
La Société de Cologne est donc la véritable protectrice, le bon père des petits Africains de Vérone. Reconnaissez-vous maintenant les grands mérites de votre Société ?

Que Dieu bénisse la présidence, les associés et les bienfaiteurs. Je demande à Dieu même de vous remercier selon vos mérites, car moi je suis trop indigne pour le faire.

Le dernier qui était en bonne santé, Michele Ladoh, est tombé malade. Il est une victime de la charité car il s'est beaucoup affaibli pour servir ses frères malades. J'ai beaucoup craint pour sa vie. C'est un jeune qui ne savait pas encore ce qu'était le péché.

Les filles africaines jouissent d'une bonne santé. Leur réussite dans les études va de pair avec mon Plan de l'année dernière ; les mentions ont été les mêmes qu'avant. Elles attendent de partir bientôt pour l'Afrique, pour porter la lumière de la Foi catholique à leur compatriotes. J'espère que leurs souhaits bientôt s'accompliront.



Abbé Comboni

Texte original allemand






125
Abbé Francesco Bricolo
0
Lyon
23.12.1864

N° 125 (121) - A L'ABBE FRANCESCO BRICOLO

ACR, A, c. 14/6

Lyon, le 23 décembre 1864

Très cher Recteur,


 

[952]
Mon voyage de Turin à Lyon a été très périlleux à cause de la neige qui a obstrué notre chemin. J'étais en compagnie du Prince Sartorinsky qui est descendu à Culoz. A Susa, nous avons pris un carrosse tiré par 22 chevaux et nous sommes montés vers le Mont-Cenis. Après 6 heures de montée, la neige nous a empêchés de continuer. Nous sommes montés sur des traîneaux tirés chacun par 14 chevaux. Je n'ai pas le temps de décrire cette scène nocturne qui est en complète opposition avec les déserts de l'Afrique. Après d'incroyables efforts pour surmonter côtes et escarpements nous avons atteint le sommet à 2 heures du matin et nous avons été gentiment accueillis par les Ermites de Saint Bernard, respectés même par Napoléon 1er. Ils nous ont donné une savoureuse soupe de haricots, de navets et de lentilles avec du pain et du chèvrin, un fromage de jeune chèvre délicieux. A l'aube, nous sommes remontés sur les traîneaux, et après 22 heures passées dans la neige glacée, nous sommes arrivé à St. Michel. Ensuite, nous avons repris la voie ferrée qui traverse Chambéry, la Savoie et le lac du Bourget. Nous sommes finalement arrivés à Lyon à 4 heures de l'après-midi.

Je ne sais encore rien de l'aboutissement de mon affaire ; il y aura du retard aussi à cause de la maladie du Cardinal Barnabò. Quant à moi, je veux bien que ce soient les Romains qui correspondent avec ceux de Lyon et Paris.


[953]
J'espère que vous avez reçu les 6 copies de mon Plan, imprimées par le chanoine Ortalda, ou mieux par moi suivant ses indications. Vous recevrez 10 autres copies de mon Père. J'aimerais que vous donniez une copie à Tregnaghi et une autre à Martinati. Je vous prie aussi de la faire lire à Garbini. Mais ce qui me tient le plus à cœur, c'est que vous priiez Dieu et Marie pour la réussite de ce Plan. En conséquence, envoyez une copie au Père Perez en lui recommandant d'intéresser les Pères de Saint Philippe à la prière, une copie aux religieux des Stigmates, une à l'Abbé Michel Falezza, une autre au Recteur de la Scala, au curé de Saint-Etienne et à toutes les personnes qui prient ; envoyez une copie à nos prêtres de Saint-Georges et saluez-les de ma part.

Et Farinato ? Son souvenir m'inquiète. Ce n'est pas une question d'argent ; ce qui me dérange, c'est la tromperie. Je regrette car je l'aime bien, mais désormais, je n'ai plus confiance en lui. Je vous ferai savoir le nombre de fois qu'on a acheté des haricots et des pâtes : juste une ou deux fois par mois. Pour le reste nous n'avons acheté chez lui que du pain une fois tous les deux jours ; mais ça suffit, je ne veux plus en parler.


[954]
Quand j'ai été accueilli par les moines français sur le Mont-Cenis j'ai mangé des haricots, et là il m'est venu à l'esprit le fait que j'ai dû payer des haricots et des pâtes à notre Farinato, sans que personne n'en ait mangé. Cela suffit...Dites à Hans de m'écrire.

Saluez de ma part le Supérieur et dites-lui que je pense bien à lui et que je veux mettre en pratique ses idées sur l'Afrique. Mes salutations à l'Abbé Beltrame et à tous nos prêtres et nos jeunes. Faites prier pour la bonne réussite de mes affaires Africaines. J'écrirai beaucoup de choses ; mais maintenant je vais me coucher. Après Noël, le Sénat étudiera la question du service militaire des clercs et le projet de suppression Vacca. Je n'ai perdu aucune séance au Sénat ; et j'ai eu la joie de passer quelques heures avec Manzoni qui était accompagné du curé de Saint Michel.

Saluez la famille Urbani de ma part et aussi mes deux Protestantes ; et dites-leur de m'écrire ; rendez-leur visite. Que mon concierge garde bien mon château ainsi qu'il le fait avec le piano, mais pas comme sa chambre à coucher !

Saluez l'Evêque de ma part.



Votre affectionné

Abbé Daniel




[955]
P.-S. Je vous prie de m'écrire sur tout ce qui concerne l'Institut, ne vous limitez pas à une page, mais à trois, quatre etc. Personne d'autre ne m'écrit ; donc ne l'oubliez pas et dites-moi beaucoup de choses.

Je suis logé au Séminaire des Missions Africaines à Lyon : M. Planque en est le Supérieur et il m'aime beaucoup. Je rencontrerai beaucoup de difficultés au début, et davantage après ; mais les œuvres de Dieu sont ainsi. Faites beaucoup prier le Seigneur ; courage !






126
Card. Alessandro Barnabò
0
Lyon
26.12.1864

N° 126 (122) - AU CARDINAL ALESSANDRO BARNABO

AP SC Afr. C., v. 7, ff. 675-675v ; 683-683v

Lyon, le 26 décembre 1864

Très Eminent Prince !


 

[956]
Après mon départ de Rome, j'ai rejoint Vérone. Là, après avoir lu et étudié le Plan pour la Conversion de la Nigrizia, mon Supérieur l'Abbé Mazza s'est montré très content, et le bon vieux m'a paru rajeunir avec cet espoir de voir bientôt se réaliser quelque chose de durable pour le bien de l'Afrique Centrale.

A vrai dire, il me semble que le contenu du Plan devrait produire les effets espérés par Votre Eminence, c'est-à-dire unir et garder bien vivantes et florissantes les ressources et les Institutions déjà existantes pour le bien de la Nigrizia.

Je ne m'attarde pas pour prouver tout cela, vous trouverez tout dans le Plan.


[957]
Ce Plan a été lu et médité par de nombreux éminents personnages, et aussi par certains évêques, dont celui de Vérone ; tous l'ont approuvé, et j'ai été moi-même encouragé à y consacrer ma vie pour le mettre en place. Je sens que pour cela j'ai la force, soutenu par la grâce de Dieu, de résister à tous les obstacles, qui certainement ne manqueront pas, pour réaliser une aussi grande œuvre.

Mais l'approbation et le soutien des autres ne m'intéressent pas ; cela ne sert à rien sans l'accord de Votre Eminence car dans cette affaire vous êtes le canal direct de la volonté divine. Pardonnez-moi si j'ai l'audace de vous exposer ce que le Saint-Père m'a dit lors d'un entretien avec lui le soir du 29 octobre dernier :


[958]
"Je suis très content que vous vous occupiez de l'Afrique Centrale, et je bénis vos efforts et vos intentions. J'en parlerai à l'Eminent Cardinal Préfet Général : prenez conseil auprès de lui, et suivez ses ordres, car le Cardinal Barnabò est très, très perspicace ; ainsi vous ferez du bien à l'Afrique, je l'espère".

Pour m'éviter chaque fois d'écrire et copier, j'ai fait imprimer quelques copies du Plan que j'adresse à Votre Eminence afin que vous soyez bien au courant. Eliminez et jetez tout ce qui vous semble inutile dans le Plan, car ce qui ne plaît pas à Votre Eminence ne me plaira jamais, jamais ; approuvez ce que vous croyez opportun d'approuver. Vous savez bien que moi ou bien les autres personnes qui s'associeront à cette œuvre (il y en a déjà un certain nombre, parmi lesquels j'ai le ferme espoir d'avoir à mes côtés le bon Kirchner) nous ne pourrons jamais prendre une initiative sans une approbation directe et les encouragements de Votre Eminence.


[959]
Si l'Eglise manifeste sa volonté d'agréer ce projet, nous aurons l'argent, le personnel, une coopération efficace et tout le reste ; ainsi, le Plan prendra un heureux départ. Autrement, mes efforts et ceux des autres ne valent rien.

Je me mets entre les mains de Votre Eminence. Vous dirigerez les choses afin de commencer de façon féconde une Œuvre, qui a pour but d'effacer le terrible anathème qui pèse depuis de nombreux siècles sur les pauvres fils de Cham, et d'implanter ainsi, petit à petit mais de façon durable, la Foi dans les vastes régions de l'Afrique Centrale, régions dans lesquelles la lumière de l'Evangile n'a jamais brillé.


[960]
En suivant vos ordres, je me suis présenté au Conseil de la pieuse Œuvre de la Propagation de la Foi à Lyon ; et sans avoir eu le temps d'exposer mes intentions, j'ai reçu cette réponse : "Nous n'avons aucune juridiction ; notre Œuvre est purement catholique, nous aidons sans tenir compte de leur nationalité, et suivant la mesure de nos possibilités, toutes les Missions et institutions à l'étranger qui sont approuvées et recommandées par Propaganda Fide. Nous n'avons jamais donné un centime à une Mission qui ne nous a pas été recommandée auparavant par la Sacrée Congrégation. Aucune recommandation, même celle de l'Empereur, ne pourrait nous faire changer notre système qui est la base de notre manière de travailler. Nous ne reconnaissons que les ordres de Rome et nous distribuons nos ressources d'après les indications de Rome.


[961]
Nous n'écrivons à Propaganda Fide que pour répondre à ses vénérables écrits, et ne communiquons avec les Missions Etrangères que pour donner à ses Chefs respectifs nos aumônes. Si la Propaganda Fide nous recommande vos œuvres et vos Instituts établis en Afrique, nous les aiderons, comme nous avons aidé toutes les autres Missions ; par exemple nous avons envoyé de l'argent à Tripoli pour une Institution de l'Afrique Centrale". Tout ce que j'ai pu entendre, observer et voir dans cette pieuse Œuvre de Lyon, et auprès des personnes qui y sont consacrées, tout inspire sainteté, catholicisme, intégrité. C'est une œuvre catholique, et ses dignes membres, dépourvus de tout esprit de partialité et autonomes, sont les plus aptes à la diriger.

Votre Eminence connaissait bien la réponse que j'allais recevoir à Lyon.


[962]
Je suis, donc, très satisfait. Tout dépend du mandat de la Propaganda Fide. Je suis donc persuadé, Votre Eminence, que si vous décrétez ce mandat, l'Œuvre de Lyon et de Paris, au fur et à mesure que le Plan avance sur les côtes qui entourent l'Afrique, ne nous fera pas manquer des aides nécessaires, comme cela a été fait pour les autres Missions. D'ailleurs, mes efforts actuels se concentrent pour commencer l'Œuvre, et je suis persuadé des bons résultats, mais uniquement si je reçois les encouragements formels de Votre Eminence.

Pour le moment, je reste à Lyon dans l'attente de vos vénérables ordres et instructions qui seront pour moi la base de mon action pour l'Œuvre africaine, et la référence première pour traiter avec le Prêtre espagnol envoyé à Rome par l'Evêque d'Amiens, comme Votre Eminence le laissait entendre.

Je supplie Votre Eminence de demander au Saint-Père, (pour lequel je voudrais donner mille fois ma vie), une bénédiction spéciale pour moi ; j'embrasse votre sainte Pourpre et je me déclare avec une déférence filiale



votre humble et très dévoué serviteur

Abbé Daniel Comboni






127
Le Plan
1
Turin
12.1864
N° 127 (123) - LE PLAN

ACR, A, c. 25/9 n.1



Décembre 1864



Première édition imprimée à Turin avec quelques petites modifications par rapport au N. 114.





128
Signature sur étui
1
1864
N° 128 (1194) - SIGNATURE D'APPARTENANCE

SUR L'ETUI D'UNE PAIRE DE LUNETTES

ACE





1865

129
Abbé Francesco Bricolo
0
Lyon
5. 1.1865

N° 129 (124) - A L'ABBE FRANCESCO BRICOLO

ACR, A, c. 14/7

Lyon, le 5 janvier 1865

Monsieur le Recteur !


 

[963]
J'avais déjà écrit une lettre détaillée pour le Supérieur, et j'étais en train d'en écrire une plus longue pour vous. C'est à cet instant-là que j'ai reçu votre lettre du premier de ce mois. Je vous dis la vérité, je n'ai pas eu la force et le courage de continuer à écrire. Je suspends donc la lettre à mon Supérieur, lequel, certainement, ne daignera pas la lire ; et j'arrête d'écrire à mon cher Recteur, car la force morale me manque vraiment. Je laisse ouvertes les deux lettres adressées à Canossa et à Pompei ; lisez-les ainsi que ceux de l'Institut qui ont de l'affection pour moi et envoyez-les ensuite à leur destination.

Nous ferons les comptes avec Farinato lors de ma venue. Il est inutile que vous alliez chez Tregnaghi, lequel ne donnera rien, car je ne reconnaîtrai pas cette dette. J'écrirai des nouvelles plus détaillées de Paris.

J'ai confiance en Dieu et dans la Bienheureuse Vierge Marie.

Ai-je demandé de l'argent pour le Supérieur ?


[964]
Ai-je reçu de la part de Giovanelli de l'argent que je n'ai pas donné au Supérieur ? Vous savez, cher Recteur, qu'une source me fait parvenir de l'argent pour les Africains, et vous savez qu'en conscience je dois l'affecter pour eux.

Ils n'enverraient rien au Supérieur et jamais personne ne m'a dit de donner l'argent au Supérieur ; c'est moi qui ai demandé cet argent et qui ai voyagé pour le but auquel est destiné cet argent ; moi je dois penser à faire ce que je dois faire.

Le Supérieur n'a aucun droit, sauf de me commander de ne pas m'occuper des Africains ; dans ce cas, j'aurais le devoir d'obéir. Mais en ce qui concerne l'argent, il n'a aucun droit ; je suis le seul à pouvoir affecter l'argent selon les instructions reçues. J'aurais mille autres arguments, mais je n'ai pas la force morale d'écrire.


[965]
Bien que mon bon vieux se montre maintenant envers moi comme un tyran plutôt que comme père, la cause de mon découragement est due justement au fait que le bon vieux souffre à cause de moi, et il souffre pour rien, sans raison.

Plus que jamais, je sens la grâce d'être catholique, et seule la Foi me réconforte dans les souffrances que j'éprouve par amour du Christ ; autrement un cœur qui n'est pas réchauffé par le Christ ne pourrait que succomber.

Je répondrai à votre lettre de façon plus détaillée, plus tard.

Vraiment, je suis abattu. Il serait temps que le Supérieur finisse de m'embêter, autrement...En ce moment j'ai besoin d'encouragement et non pas de découragement. Le Supérieur aurait dû me dire quelque chose lors de mon séjour à Vérone ; évidemment il y a quelqu'un qui attend mon absence pour l'influencer. Mais, proche ou lointain, je suis toujours le même, et je pense la même chose dans les quatre coins du monde. Le Supérieur ne pourra jamais me reprocher des actes qui me feraient mériter mon éloignement de l'Institut.


[966]
Cher Recteur, écrivez-moi à Paris. Là je serai plus tranquille et je pourrai vous écrire. Priez pour moi.

Vous aurez reçu de la part de mon Père les 10 copies du Plan, dont une est pour l'Abbé Vertua.

Mes salutations affectueuses pour le Supérieur, pour nos chers Fondamentalistes et pour les prêtres de quatrième année, les clercs, les jeunes et les Institutrices, particulièrement Mme Cavattoni. Acceptez les sentiments de ma plus grande gratitude et affection.



Votre Abbé Daniel






130
Abbé Francesco Bricolo
0
Paris
15. 1.1865

N° 130 (125) - A L'ABBE FRANCESCO BRICOLO

ACR, A, c. 14/8

Paris, le 15 janvier 1865

Très cher Recteur !


 

[967]
Jusqu'à présent, je n'ai rien conclu pour l'Afrique. Il s'agit d'un travail ardu qui demande de voir très loin, d'avoir de grands moyens, un grand courage et une assistance spéciale de Dieu. Le Cardinal Barnabò m'a demandé de visiter tous les Etablissements Africains de la France, en d'autres mots, tout ce qu'il y a de profane et de sacré concernant l'Afrique, surtout à Lyon où il y a le Séminaire des Missions Africaines.

J'ai été courtoisement reçu par le Supérieur, M. Planque. C'est un homme de grande qualité et très estimé dans toute la France. Qui l'aurait cru ? Dieu a voulu qu'en tombant sur lui, je tombe dans les mains d'un saint homme, mais aussi d'un ennemi acharné. Pour des raisons très saintes, il a complètement démoli mon Plan, et pire, il s'est aussitôt précipité chez les membres du Conseil Central de l'Œuvre de la Propagation de la Foi et chez le Cardinal de Bonald pour les prévenir contre le Plan. Ne comprenant pas le motif d'une telle démarche de la part d'un saint et brave homme, j'ai eu avec lui beaucoup de conversations, il m'a assuré qu'il s'agit d'un Plan nébuleux, qui nuit aux Missions africaines. Un Plan qui, selon lui, ne sera jamais accepté ni aidé. Un Plan vis-à-vis duquel il sera toujours en opposition.


[968]
J'ai consulté plusieurs membres du Conseil, de nombreux anciens Missionnaires, quelques Evêques, et le Cardinal Archevêque de Lyon ; tous étaient au courant de mon Plan. Finalement, j'ai résolu cette énigme qui me paraît maintenant claire. Le Séminaire des Missions Africaines de Lyon fut fondé par Monseigneur l'Evêque Bresillac Vicaire Apostolique de Comboïtur dans les Indes, et confié à M. Planque, lequel est Vicaire Apostolique du Dahomey en Afrique occidentale. Le Plan de Planque et du défunt Evêque (qui est mort en cours de route avec tous ses Missionnaires) a pour but de pénétrer au Centre de l'Afrique par la côte occidentale. Mon Plan combat le système d'entrer immédiatement au Centre de l'Afrique, comme le font les autres Missionnaires, et établit au contraire le principe de la régénération de l'Afrique par l'Afrique.


[969]
Selon M. Planque, mon Plan va décourager les vocations, parce qu'il y est dit qu'un Européen meurt en Afrique ; il a donc dit au Conseil de Lyon qu'on ne meurt pas en Afrique, ce qui est vrai en voyant la Mission parmi les Gallas.

Il combat donc la substance du Plan. Il nie aussi que l'Africain puisse devenir catéchiste, instituteur, artiste et encore moins prêtre. Toutefois il a fondé un Collège d'Africains à Cadix pour en faire des prêtres et des artisans.

En outre en ce qui concerne le Comité, il trouve qu'il est encombrant et compliqué etc. Je suppose qu'il a raison, bien que je sois résolu de fonder ce Comité, peut-être de manière plus simple, mais je veux le fonder. M. Planque m'a assuré qu'il écrira à ce propos à Propaganda Fide.

En somme, cet homme (que le Cardinal Barnabò voudrait que j'unisse aux autres) constitue à Lyon l'ennemi principal. C'est pour cela que j'ai pensé partir de Lyon, et ouvrir mon champ de bataille à Paris.


[970]
Entre temps, j'ai écrit une lettre à Paris à Mgr. Massaia, lequel m'a tout de suite répondu. J'ai pu aussi contacter le Comte d'Ercules, fondateur de la pieuse Œuvre de la Propagation de la Foi (et j'ai pu l'approcher par l'intermédiaire de certaines de mes Dames, pour lesquelles j'aurai une éternelle amitié, car la femme catholique représente tout).

C'est un vieillard vénérable et saint ; j'ai gagné son amitié, et je lui ai exposé par écrit, en français, un résumé de mon Plan. Le Comte m'a aussi invité à déjeuner et à ma grande surprise, j'ai découvert qu'était présent aussi le Président du Conseil Central. J'ai pris soin de beaucoup parler de l'Afrique, de ce que j'ai vu et de ce que les autres ont observé. Il m'ont trouvé assez compétent sur les questions africaines. J'ai beaucoup aimé être interrogé sur toutes les objections qui m'étaient adressées par M. Planque. Sans montrer que j'étais au courant des opinions que M. Planque avait émises au sein du Conseil, j'ai répondu à leurs questions avec beaucoup de modération et paisiblement, comme s'il s'agissait d'une question per accidens , un simple propos de table.


[971]
Je crois avoir fait une bonne impression à ces bons vieillards, d'autant plus que j'ai répété plusieurs fois (et eux-mêmes s'en sont aperçus), et j'en suis convaincu, que sans le placet de l'Eglise, je ne veux rien entreprendre, que ce qui ne plaît pas à l'Eglise ne me plaira pas non plus, et que si le Pape n'est pas d'accord, je déchirerai mon Plan. Le Comte d'Ercules a alors pris un Plan et il l'a donné au Président en lui disant :" Le Plan de Comboni est un grand Plan qui me plaît beaucoup ; il est allé dans le Centre de l'Afrique, il a vu mourir ses camarades, il connaît beaucoup l'esprit africain. J'ai alors ajouté que je souhaite moi aussi que le Plan soit connu du Président, car il aura bientôt de Rome des instructions à ce propos. Je me suis ainsi sauvé de Lyon en établissant une correspondance, à l'insu de Planque, avec le Comte d'Ercules. Cette circonstance et cette heureuse rencontre me seront très utiles.

Suite à l'invitation de Mgr. Massaia je suis venu à Paris où je me trouve depuis quatre jours. Aujourd'hui, nous rejoindrons Versailles pour une semaine, et nous reviendrons ensuite sur Paris. J'espère que cet évêque vétéran de l'Afrique me sera très utile ; je veux aller très doucement, prendre le temps pour penser, consulter, car c'est une affaire sérieuse. Je suis logé chez les Capucins avec Mgr. Massaia, lui aussi capucin, qui aime m'avoir toujours à ses côtés. Il a un cœur large comme tout l'Est du Nil, dont il est l'apôtre le plus zélé.


[972]
Que voulez-vous que je vous dise de Paris ? Nous sommes dans un autre monde, cher Recteur ; à l'avenir, j'écrirai quelques pages sur Paris. C'est la ville des plaisirs mondains, la ville des œuvres éminemment catholiques, séduisante pour les disciples du monde et de Dieu. Depuis quatre jours je me trouve dans un état de béatitude, parce que j'ai retrouvé ici à Paris beaucoup de personnes qui me sont chères. Mgr. Spaccapietra Archevêque de Smyrne et Mgr. Sohier Vicaire Apostolique en Chine, le Baron Gros ambassadeur en Chine etc...

J'ai été accueilli avec beaucoup de chaleur par les Sœurs du Sacré-Cœur de Jésus. J'ai donné à la sœur de la Marquise Canossa Durazzo, le colis que le Marquis Ottavio m'avait confié ; elle a parlé avec plus de 100 Sœurs, toutes nobles, appartenant au Sacré-Cœur, et elles ont pris l'Afrique comme le point le plus important de leurs prières.


[973]
J'ai célébré la Messe, et la Fondatrice ordonnera aux Maisons de toute l'Europe qui dépendent d'elle, de recommander dans leurs prières tous les jours, la réalisation de mon Plan ; l'Institut de Marie Réparatrice fera de même.

Dés que j'aurai un peu de temps, je consacrerai quelques pages aux 190 Institutions féminines de France qui ne sont pas connues en Italie et qui sont dédiées aux œuvres de piété et de charité. Il y en a une en particulier, le Bon Secours, qui est une Institution diffusée dans toute la France, dont les moniales sont placées une par une dans des familles pour diriger le ménage et soigner les personnes âgées. Il y en a une aussi chez le Comte d'Ercules à Lyon ; elle prend ses repas avec la famille, etc.., elles prononcent leurs vœux et sont habillées comme les moniales de l'Hôpital. Mais je m'arrête là, car il y aurait trop de choses à dire et je crains de m'égarer.


[974]
Je ne dis rien de mes affaires avec le Supérieur ; je dis seulement que dans toute chose il faut avoir de la philosophie, et de la philosophie évangélique.

Je déclare devant le ciel et la terre que les accusations portées contre moi ne sont point vraies. Je n'ai jamais reçu d'argent de la part de Giovanelli sans l'avoir donné au Supérieur. Depuis 1862, date à laquelle Giovanelli a envoyé par mon intermédiaire de l'argent au Supérieur pour la dernière fois, je n'ai jamais plus reçu un centime de sa part, ni pour moi, ni pour mon Supérieur. Je n'ai jamais demandé d'argent au nom du Supérieur, jamais ! jamais ! J'ai demandé de l'argent pour les Africains à des personnes lointaines, à l'époque où j'étais vice-recteur, car je ne savais pas comment les habiller et les soigner ; j'ai alors reçu de l'argent qui m'a été confié pour les Africains ; et j'ai religieusement dépensé cette somme pour eux, car c'est moi qui l'avais demandée sans jamais nommer l'Abbé Mazza ; et je n'ai jamais pensé le remettre au Supérieur, étant donné que l'argent était destiné aux Africains. J'ai fait cela en conscience, et je ferai toujours ainsi, tant que je recevrai de l'argent. En outre j'ai usé pour cela de toute la discrétion et la délicatesse nécessaires. Si le Supérieur est convaincu du contraire, que la volonté de Dieu soit faite. Je prierai pour lui les Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie : je ne peux pas faire plus.

Je l'aime beaucoup, mais sa façon de procéder m'embête un peu, car il peut causer des dégâts à mon Œuvre.


[975]
Je vous assure, cher Recteur, que je suis scandalisé par le comportement de certains saints, mais Dieu est bon. Les Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie sont un grand réconfort pour moi, et ils constituent le cœur de ma philosophie.


[976]
Je suis pêcheur et plein de défauts, mais il y a le pardon et l'assistance de Dieu. La façon de faire du Supérieur est telle qu'elle pourrait très bien fourvoyer celui qui n'est pas trop solide. Même si j'avais tué un prêtre, ce n'est pas par ce moyen qu'on arriverait à convertir et à remettre sur le bon chemin un égaré.

Je l'aimerai toujours et je lui serai éternellement reconnaissant, car si je suis maintenant en condition de faire du bien, je le dois à ce cher vieillard.

Mais il faut que je dise tout pour garder les yeux ouverts et éviter que du mal ne soit fait à moi, à mes œuvres, à lui et à nos Instituts. Notre bon vieux voit très loin et ses points de vue sont gigantesques et adaptés au vrai progrès ; mais malheureusement, il n'a pas de manière et de prudence ; et il pourrait se causer des souffrances, comme je suis en train d'en avoir moi même, s'il continue à se comporter ainsi.

Pour le moment, j'ai décidé de ne pas lui écrire, et je vis comme si de rien n'était. Mais je ne suis pas si niais que je n'en voie les conséquences.

Cela suffit. Je prie pour nos chers Instituts, et priez pour moi à Vérone, car le Centre de nos rapports est Dieu.


[977]
Saluez de ma part le Supérieur, l'Evêque, les Abbés Beltrame, Tomba, Brighenti, et Fochesato, mon concierge (auquel je demanderai des comptes de mon château, et s'il a fait son devoir, je l'appellerai à partager les 12 oiseaux que Fronsele est en train de me procurer), le petit prêtre, et tous nos très chers prêtres et clercs, les jeunes etc...Qu'ils prient tous le Seigneur pour le pauvre parisien. N'oubliez pas de m'écrire plus longuement et en me disant tout, car les nouvelles de Vérone, la reine de l'Adige, deviennent plus que jamais importantes ici sur les quais de la Seine. Si vous allez en Canterane, saluez de ma part mes deux protestantes et Hans.


[978]
J'ai écrit à l'Evêque de Genève à propos de la Française, pour qu'il fasse une enquête sur la sœur de Mme La Pierre. Il m'a répondu qu'il fera son possible.

C'est un secret. Pendant ce voyage, j'espère même conquérir la sœur au sein de l'Eglise Catholique. Jusqu'à présent nous n'en sommes qu'au début ; je n'en parlerai qu'à vous, cher Recteur, et les autres seront mis au courant quand l'affaire sera terminée. L'Evêque de Genève, Mgr. Mermillod, est un ami ; il est à Rome, et il a eu des nouvelles concernant l'affaire de Dresde. Il m'a écrit que cet Apostolat caché attire toutes ses sympathies etc...



Votre affectionné Abbé Daniel



P.S. Pendant ce voyage, je n'ai reçu qu'une seule lettre de votre part à Lyon.