Caravane de l’Ouest africaine: ‘‘Droits à la terre, à l’eau et aux semences paysannes : une lutte commune’’

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Jeudi 22 novembre 2018
La caravane est organisée du 10 au 30 Novembre 2018 (Guinée Conakry, Côte d’ivoire, Ghana, Togo, Benin, Nigeria) par les plateformes pays en lien avec la commission de coordination de la CGLTE OA. Sa mise en œuvre se fera en trois étapes avec une implication forte des femmes et des jeunes. Au cours de la caravane les escales seront animées de façon participative et variée. Ainsi les panels seront ponctués de films, de témoignages, de partage d’expérience, d’échanges. Tout au long des escales, serons organisées des conférences populaires, des marches, des projections de film, des manifestations culturelles et des rencontres avec les parlementaires, élus communaux et autorités administratives et coutumières par les caravaniers. [comboni.org]

Convergence Globale des luttes pour la terre et l’eau
Afrique de l’Ouest

La caravane se déroulera du 10 au 30 novembre 2018.
La caravane empruntera deux axes.
Celui (Axe I) qui concerne la Plateforme Nationale partira de la Guinée Conakry,
traversera la Côte d’Ivoire avec trois escales (Man, Daloa, Aboisso)
le Ghana, le Togo avec comme destination finale le Benin.

L'eau et la terre sont des ressources naturelles vitales et font partie de notre héritage commun, dont la sécurisation et la gouvernance doivent être préservées par chaque communauté pour le bien commun de nos sociétés, de notre environnement pour les générations actuelles et futures. En Afrique subsaharienne, environ 70 pour cent de la population dépend de l'agriculture familiale paysanne. L'accès, le contrôle, et la sécurisation des droits liés à la terre, à l'eau, aux forêts et aux semences sont les premiers facteurs vitaux. A ce titre ils doivent être protégés et garantis aux communautés. La réalisation de plusieurs droits humains, à savoir : le droit à une alimentation adéquate et la nutrition, le droit à l'eau et à l'assainissement, le droit à la santé, le droit à la culture, le droit au logement, le droit au travail dépend directement de l'accès sécurisé aux ressources naturelles. La distribution juste et équitable de la terre et de l’eau, et l’égalité des genres sont essentielles pour la souveraineté alimentaire, basée sur l’agroécologie paysanne, les systèmes d’alimentation locaux, la biodiversité naturelle, cultivée et élevée, le contrôle de nos semences paysannes et le respect des cycles de l’eau. Cette vision est commune aux populations rurales, urbaines et périurbaines intègre des relations entre producteurs et consommateurs basées sur la solidarité mutuelle et la coopération.

Malheureusement, la mainmise sur les ressources naturelles par plusieurs acteurs : des entreprises, gouvernements, élites, spéculateurs, souvent soutenus par la Banque mondiale, le Fonds Monétaire International (FMI), le G8 et d’autres institutions et consortiums continue à s’aggraver. Cela se fait au nom de la sécurité alimentaire, de la protection de l’environnement, sous prétexte d’arrêter le changement climatique, de faire de la production d’énergie « propre », des mégaprojets d’infrastructures et/ou au nom du soi-disant développement, souvent promus par des partenariats public-privé tels que la Nouvelle Alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition en Afrique, AGRA etc. Ces choix partisans liés au seul profit d’une poignée de gens au détriment des peuples n‘engendrent que concentration, pollution, appauvrissement, expulsion puis asservissement des populations.

Des territoires entiers sont vidés de leurs communautés, entrainant la perte d’identité, la destruction des écosystèmes, la cohésion sociale et la stabilité nationale et rendent ainsi la vie impossible et freine tout développement prospère partagé et équitable. Si l'accès et le contrôle des ressources naturelles est en grande partie déterminé par les structures de pouvoir locales et nationales, ils ont également une composante internationale importante. Les accords commerciaux (APE) et d'investissement, les projets de développement international et les activités des sociétés transnationales (STN) sont devenus des facteurs de plus en plus importants et nuisibles pour les ressources naturelles en Afrique et d'autres régions du monde. Ce faisant, ils renforcent souvent les structures de pouvoir inégales existantes et contribuent à marginaliser davantage des groupes déjà défavorisés de la population, comme les femmes, les jeunes et les communautés. L'accaparement des terres et de l’eau sous toutes ses formes est devenu un phénomène mondial qui continue d'affecter particulièrement les populations défavorisées en Afrique.

En réponse à ces menaces sur leurs vies et leur bien-être, des communautés et des organisations de base partout dans le monde et en Afrique résistent et luttent, en faisant valoir leurs droits et en présentant des vraies solutions. Plusieurs mouvements sociaux et de bases et organisations de la société civile, engagés dans la défense des droits à la terre et à l'eau, se sont réunis à Dakar en octobre 2014 dans le cadre du Forum Social Africain pour lutter et protester contre les accaparements de toutes les ressources naturelles, l'eau et la terre, nos biens communs, et contre les violations systématiques des droits humains qui les accompagnent. Le partage des idées, les a amenés à reconnaître la solidarité essentielle des luttes et la nécessité de se réunir de nouveau lors du Forum Social Mondial à Tunis en mars 2015 pour continuer ce dialogue avec des mouvements et organisations du monde entier afin de construire une Convergence globale des luttes pour la terre et l’eau.

Dans la Déclaration de Dakar à Tunis, les organisations et mouvements de base se sont engagés à continuer le processus de construction de cette Convergence à partir des bases. Ainsi, lors de la Conférence sous régionale – Afrique de l’Ouest – de la Convergence des luttes pour la terre et l’eau qui a regroupé des représentant-e-s de mouvements impliqués dans les luttes sur les droits à la terre et l’eau de 11 pays africains. Un plan d’action a été élaboré et validé lançant ainsi le point de départ d’une véritable synergie d’action nationale et sous régionale contre les accaparements des terres et de l’eau dont les conséquences sont néfastes pour la stabilité et l’autonomie de nos pays. Cette dynamique régionale dénommée Convergence des luttes pour la terre et l’eau ouest africaine (CGLTE OA) est structurée d’une commission de coordination régionale, de 14 plateformes nationales représentées par un point focal dans chaque pays.

C’est ainsi que la convergence, avec l’élaboration du document cadre sur le foncier au niveau de l’Union Africaine qui doit être décliné en directives contraignantes par la CEDEAO ou celui des semences par l’UEMOA. La Convergence ambitionne d’influencer les décideurs de la sous-région (CEDEAO et UEMOA) pour obtenir une législation foncière, semencière et d’une façon générale, des ressource naturelles, bénéfique pour les peuples et non pour les élites et les investisseurs privés.

C’est dans ce cadre, qu’une caravane a été organisée en mars 2016. Elle a mobilisé douze (12) pays et traversée trois pays, le Burkina Faso, le Mali et le Sénégal avec 11 escales en 17 jours et près de 10 000 personnes touchées à travers près de 300 organisations avec en toile de fonds la remise du Livret vert (Lien livret vert) de la Convergence aux autorités. Comme impact on citer entre autres :

  • L’Instauration d’une synergie d’action entre mouvements de base (paysans, de luttes, femmes, jeunes…), ONG, autorités sur les questions du foncier, de l’eau, des semences paysannes, du pastoralisme et de la pêche, dans la plupart des pays membres de la CGLTE OA à travers des plateformes nationales ;
  • Mise en place de groupe d’acteurs sur l’agroécologie paysanne et sur le foncier (luttes et gouvernance);
  • Le dialogue politique est renforcé entre les autorités et les mouvements de base dans les pays itinéraire de la caravane ;
  • Des liens se sont tissés et/ou renforcés avec les institutions : CEDEAO, FAO Des activités régionales se sont déroulées depuis la caravane : rencontre foncière à Abuja/CEDEAO, mission OGM/semences paysannes au Burkina Faso, missions de renforcements des plateformes nationales, formation sur les directives de gouvernance foncière (Mali, Ghana, Guinée, Côte d’Ivoire, Niger, Nigeria) , formation des communicateurs ;
  • Participation active à des activités inter pays (10 ans de Nyéléni, contre-sommet Afrique France et UE Afrique…) et internationale FSM Canada, Colombie, Népal, COP … ;
  • Réimpression avec une actualisation du Livret vert ;
  • Edition d’un document de capitalisation ;
  • Fonctionnement régulier (réunions de coordination et des délègues, skype, assemblée générale…) ;
  • Des avancées sur le foncier ; o Certains cas d’accaparement des terres mis à nu au cours de la caravane ont connu un début de résolution notamment à Wassadu au Senegal et Samandeni au Burkina Faso ; o Au Mali, suite à l’engagement pris par le Président de la Commission Développement Rural de l’Assemblée Nationale devant les caravaniers à l’issue de la grande marche d’ouverture du Village sans terre lors du passage de la caravane, la Loi Foncière Agricole adopté en avril 2017 prend en compte les aspirations majeures du monde paysan malien notamment le droit fonciers collectifs coutumiers.

Toute cette dynamique fait que la Convergence s’étoffe et se fortifie tous les jours un peu plus, répondant aux aspirations légitimes des communautés et des mouvements sociaux notamment les organisations paysannes. C’est pourquoi, l’assemblée générale de février 2018 tenue à Makeni en Sierra Leone a confirmé la tenue d’une deuxième caravane en novembre 2018.

Au cours de cette caravane, des séries d’activités portant sur la sensibilisation, la formation et la réflexion sur les enjeux liés au foncier, à l’eau, à l’agroécologie paysanne avec un focus sur les semences paysannes, au pastoralisme, à la pèche, aux APE et à la migration seront organisées, à chaque escale dans les pays itinéraires et / ou pays de départ. En thème transversal, la criminalisation des défenseurs des droits humains sera dénoncée.

Aussi, une mise en lien du travail des différentes organisations de la CGLTE OA qui travaillent sur les questions de sécurisation foncière, d’implication des femmes et des jeunes dans la gouvernance foncière locale sera faite, pour mieux préparer le forum des chefs coutumiers sur l’accès sécurisé des femmes et des jeunes au foncier.

La caravane devrait partir de la Guinée Conakry, traverser la Côte d’ivoire, le Ghana et le Togo pour prendre fin au Benin, point de jonction avec l’axe II de la caravane qui devrait venir du Nigeria. La caravane remettra des documents de plaidoyer de la CGLTE OA au Président en exercice de la CEDEAO à Cotonou.