Vendredi 1 mars 2019
Le 25 février, le cardinal Laurent Monsengwo (sur la photo), archevêque émérite de Kinshasa, était l’invité des Grandes conférences catholiques organisées par des intellectuels catholiques belges. À cette occasion, il a durement critiqué l’élection présidentielle du 30 décembre en RD-Congo. [Photo: Giancarlo Giuliani (CPP/CIRIC)]

Le cardinal Laurent Monsengwo n’y va pas de main morte pour fustiger l’élection présidentielle du 30 décembre en RD-Congo. Lundi 25 février, à Bruxelles, où il s’exprimait sur le thème « Quel avenir pour le Congo ? », l’archevêque émérite de Kinshasa a estimé que cette élection était « entachée d’irrégularités » et caractérisée par une « fraude massive ».

Le patriarche a remis en cause les résultats publiés par la Commission électorale indépendante (Céni), le 10 janvier, et qui consacrent la victoire Félix Tshisekedi (38,57 % des suffrages exprimés), suivi de Martin Fayulu (34,83 %). Selon lui, le rapport d’observation de la Cenco qui met en lumière des « chiffres traçables », démontre la victoire de Martin Fayulu avec 62,11 % des voix, en lieu et place de Félix Tshisekedi, l’actuel président.

Arrangements

L’archevêque émérite de Kinshasa a également critiqué les résultats des élections nationales et provinciales qui se déroulaient en même temps que la présidentielle. Ceux-ci ont été remportés par le Front Commun pour le Congo, (FCC), la coalition du président sortant Joseph Kabila.

Pour le cardinal Monsengwo, cette victoire de la coalition présidentielle met en lumière un « arrangement » entre le Joseph Kabila et Félix Tshisekedi qui se sont partagé le pouvoir.

« On constate que l’ancien régime conservera le pouvoir à l’Assemblée nationale, au sénat et dans la majorité des Assemblées provinciales », a-t-il dénoncé, avant d’ajouter que « les conséquences de ces arrangements minent l’avenir du pays ».

Pour lui, il n’y aura pas de changement après cette élection puisque « la grande majorité des gouverneurs de province, sénateurs élus et des députés provinciaux seront de la coalition de Kabila et que le premier ministre devra venir de la coalition majoritaire au parlement ».

Le cardinal Monsengwo a, en outre estimé que cette victoire des pro-Kabila dans les élections nationales et provinciales « contredit la volonté du peuple ».

L’Église dans le processus de démocratisation

L’archevêque émérite de Kinshasa a, par ailleurs, rappelé le rôle de l’Église congolaise dans le « processus de démocratisation » amorcé dans le pays depuis les années 1990. Il a, pour ce faire, rappelé la déclaration de l’épiscopat congolais en 1990 dans un texte emblématique « Tous appelés à bâtir la Nation ». « L’Église ne peut rester insensible aux souffrances de ses enfants ni garder le silence en ces jours où ils vivent des événements tragiques, encore moins les abandonner à eux-mêmes ».

Dans son discours aux Grandes conférences catholiques, il a rappelé la longue tradition de fraudes électorales suivies de violences en RD-Congo, en s’attardant sur celles de 2006 et 2011 (remportées officiellement par Joseph Kabila). « On peut donc confirmer que la fraude, le mensonge, la corruption sont érigés en système de gouvernance par un groupe d’individus qui ont pris tout le pays en otage. »

Pire encore, selon les dires du cardinal Monsengwo, la fraude électorale n’est « qu’une fine pointe d’un iceberg qui cache tout un système de prédation des ressources du Congo».

Pourtant, malgré la situation apocalyptique qu’il décrit, le cardinal demeure dans l’espérance. « Ma conviction est que le respect des valeurs démocratiques et des droits de l’homme doit prévaloir au Congo dans le futur », a-t-il confié. Pour ce faire, le patriarche réaffirme sa confiance dans le peuple congolais car lui seul « doit être au centre des solutions qui permettront d’écrire son histoire d’un avenir meilleur, prospère et radieux».
[Lucie Sarr - https://africa.la-croix.com]