Sur la Fraternité et l’amitié sociale. Le rêve d’un monde fraternel

Immagine

Mardi 23 février 2020
Le pape François nous a donné trois encycliques importantes. La joie de l’Évangile » – sur l’annonce de l’Évangile dans le monde d’aujourd’hui ; « Laudato Sí – sur le soin du foyer commun » et plus récemment « Fratelli Tutti » – sur la fraternité et l’amitié sociale. Pendant les semaines de carême, nous voulons réfléchir ensemble sur les Fratelli tutti. Il est également appelé son testament, dans lequel il présente sa vision de la façon dont le monde peut être fait selon le plan de Dieu. [
AEFJN]

Certains ont qualifié cette vision d’utopique. Mais c’est peut-être exactement ce dont nous et la société actuelle avons besoin. Nous avons tous de nombreux objectifs à court terme, mais beaucoup n’ont aucune vision de ce qu’est le but et l’objectif de leur vie. Notre société est occupée par mille problèmes et projets, mais il lui manque un récit, une vision de son avenir. C’est ce que propose le pape François dans Fratelli tutti. Il suit les traces des grands prophètes qui, dans les moments difficiles, ont donné au peuple d’Israël une vision de l’avenir et donc de l’espoir. Jésus nous donne la « bonne nouvelle » du Royaume de Dieu et nous montre comment contribuer à ce plan de Dieu. Le Pape s’inspire de son homonyme, St François, qui a vécu en harmonie avec toutes les créatures, tous les peuples et Dieu.

Citations

  • Saint François, qui se sentait frère du soleil, de la mer et du vent, se savait encore davantage uni à ceux qui étaient de sa propre chair. Il a semé la paix partout et côtoyé les pauvres, les abandonnés, les malades, les marginalisés, les derniers. Fratelli tutti 2
  • Il y a un épisode de sa vie qui nous révèle son coeur sans limites, capable de franchir les distances liées à l’origine, à la nationalité, à la couleur ou à la religion. C’est sa visite au Sultan Malik-el-Kamil, en Égypte, visite qui lui a coûté de gros efforts du fait de sa pauvreté, de ses ressources maigres, de la distance et des différences de langue, de culture et de religion. Fratelli tutti 3
  • Il ne faisait pas de guerre dialectique en imposant des doctrines, mais il communiquait l’amour de Dieu. Il avait compris que « Dieu est Amour [et que] celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu » (1Jn 4, 16). Ainsi, il a été un père fécond qui a réveillé le rêve d’une société fraternelle, car « seul l’homme qui accepte de rejoindre d’autres êtres dans leur mouvement propre, non pour les retenir à soi, mais pour les aider à devenir un peu plus eux-mêmes, devient réellement père. Fratelli tutti 4
  • Je forme le vœu qu’en cette époque que nous traversons, en reconnaissant la dignité de chaque personne humaine, nous puissions tous ensemble faire renaître un désir universel d’humanité. Rêvons en tant qu’une seule et même humanité, comme des voyageurs partageant la même chair humaine, comme des enfants de cette même terre qui nous abrite tous, chacun avec la richesse de sa foi ou de ses convictions, chacun avec sa propre voix, tous frères. Fratelli tutti 8

Seigneur et Père de l’humanité,
toi qui as créé tous les êtres humains avec la même dignité,
insuffle en nos cœurs un esprit fraternel.
Inspire-nous un rêve de rencontre, de dialogue, de justice et de paix.
Aide-nous à créer des sociétés plus saines
et un monde plus digne, sans faim, sans pauvreté, sans violence, sans guerres.
Fratelli Tutti

Document en pdf Meditations de Careme 2021 – 1 FR – Le rêve d’un monde fraternel

Carême 2021
Un chemin d’espérance

Nous sommes entrés en carême. Traditionnellement il nous est demandé de faire pénitence, le sommet de cet appel se trouvant à la fin, le Vendredi Saint, afin d’être prêts à fêter la Résurrection de Pâques. Quarante jours de chemin de pénitence afin de pouvoir nous réjouir… est-ce cela la joie d’être chrétien ? Proposons alors une autre démarche : quarante jours de chemin d’espérance afin que la Résurrection prenne toute sa place dans nos vies.

La Résurrection proclame la fidélité de Dieu à ses promesses, l’ouverture des temps nouveaux qui donnent sens à l’histoire ancienne et à notre vie actuelle. La Résurrection est annonce de la victoire sur l’anéantissement, avec la fin de la Loi et l’ouverture au monde entier. Elle inaugure ces temps nouveaux qui doivent nous rassembler à la suite du Christ, rassemblement auquel nous sommes appelés à travailler. Elle est le fondement de notre espérance que nous devons construire chaque jour pour ne pas sombrer soit dans l’utopie, soit dans la désillusion. Là est notre chemin d’espérance.

Espérance réelle parce que nous croyons à la Promesse, celle faite à Abraham, à Moïse, aux prophètes et finalement promesse du Salut annoncée par Jésus. Par son Esprit Jésus vit au milieu de nous et nous mène vers la fidélité à ce que nous sommes, à notre être humain. Il nous invite à la plénitude de la vie, à avancer sur ce chemin en sachant que nous allons vers cette vie que nous espérons. La promesse n’est pas de faire des miracles sur terre, mais de rester à nos côtés et à transfigurer ces joies et ces souffrances par notre résurrection à venir qui commence dès maintenant.

En ce temps de carême, nous sommes d’abord appelés à écouter l’Esprit qui vit en nous. Cela change notre regard sur les événements, sur nos souffrances et sur nos joies. Sur ce chemin d’espérance nous sommes enracinés en Dieu toujours présent ici et maintenant, appelés à nous engager à côté de l’engagement de Dieu.

Mais la Résurrection passe par la Croix, réalité qu’il nous faut regarder en face. Regarder le mal à l’œuvre en même temps que Dieu à l’œuvre. Nous ne sommes pas démunis devant le mal, mais il nous atteint et nous en sommes souvent complices. Notre foi en la Résurrection nous apprend que par sa mort Jésus « a réduit à l’impuissance celui [Satan] qui a la puissance de la mort » (He 2, 14). Jésus n’a pu éviter la Croix pour effectuer sa mission : permettre au Père de « nous arracher aux Ténèbres pour nous transférer dans le Royaume » (Col 1, 13). Nous ne pouvons éviter la Croix et la mort à nous-mêmes.

Mais cela ne s’arrête pas là. Au cœur de nos morts notre espérance fonde un dynamisme créateur. La création gémit, comme dit saint Paul, mais elle avance avec nous. Si nous ne fuyons pas la Croix, nous devenons le levain dans la pâtequi transforme notre manière de vie au sein du réel. Notre espérance est alors active au sein de cette transformation. Si nous adhérons à l’espérance chrétienne, si nous voulons avancer sur notre chemin d’espérance, une autre réflexion est nécessaire : comment, très concrètement, incarner cette espérance dans notre vie de tous les jours, au niveau personnel, dans notre entourage, dans nos villes, dans notre pays, dans le monde ? Être le levain dans la pâte est une grande exigence. Éviter cette exigence serait se bercer d’illusions, très spirituelles peut-être, mais bien trompeuses.

Fondée dans le noir de la foi, notre espérance débouche sur notre action de transformation du monde qui commence par celle de notre regard : voir en chacun, au-delà de ses lourdeurs, la beauté de la vie en lui, en tenant compte du mal présent, voir le bien qui peut advenir. Dieu nous espère à sa ressemblance. En reconnaissant l’inaccompli de nos vies, notre attente devient un creux que Dieu vient combler.

Nous vivons un temps difficile, un temps d’affliction. Souffrance physique, souffrance morale, société bouleversée, meurtrie et dans l’incertitude, un certain monde qui meurt dans la douleur. Rappelons-nous que l’histoire apparaît en fonction de sa fin, dans ce qui se produit grâce à la Promesse, dans ce que cette promesse permet de percevoir. C’est le salut annoncé par Jésus, et confirmé par sa Résurrection, qui donne le « la » de notre histoire. La Croix a ouvert une brèche : mort du vieil homme et naissance de l’homme nouveau, disparition de l’ordre ancien (fermé sur soi) et apparition de l’ordre nouveau (ouverture des uns aux autres). Brèche ouverte qu’il ne faut pas refermer. La conscience chrétienne de l’histoire du monde est celle de la contradiction que nous vivons encore sous le signe de la Croix. Grâce à la Résurrection, l’affliction et la souffrance, dans ce monde non délivré, peuvent être vécues dans l’assurance de l’espérance qui devient terrestre et universelle.

Peut-être alors notre chemin de carême pourrait nous aider à vivre de cette espérance et à pouvoir fêter en toute lucidité la Résurrection du Christ, gage de celle qui nous attend.
[Marc Durand -
Garrigues et Sentiers]
Publié dans Réflexions en chemin

1 – Chemin d’espérance, il ne faut pas nous bercer d’illusions. Si nous adhérons à l’espérance chrétienne, une autre réflexion est nécessaire : comment, très concrètement, incarner cette espérance dans notre vie de tous les jours, au niveau personnel, dans notre entourage, dans nos villes, dans notre pays, dans le monde ? Être le levain dans la pâte est une grande exigence.