par Alessandro Guarda

Le ministère de Jésus

Dans l’évangile nous pouvons trouver beaucoup d’éléments qui identifient la mission de Jésus en Mt. chap. 5 : les Tentations, les béatitudes, le Discours sur la montagne.
S’il est difficile pour nous de faire une synthèse de la mission de Jésus en peu de lignes, nous pouvons nous confier au choix fait par Luc dans son évangile : Lc. 4,16-19, où il montre que Jésus réalise les attentes prophétiques et il s’identifie en ce qui est dit par le prophète Isaïe. Avec une certaine méthodologie l’on peut dire que d’abord il met la mission devant tout, puis il en indique les modalités.
« Quand Jésus annonce : ‘Le royaume de Dieu est tout proche’, il me semble qu’il annonce inséparablement le don de l’Esprit et la prise de position de Dieu près des pauvres et des pécheurs. Le magnificat, les béatitudes, Zachée, Lazare, S. Luc et S. Jean sont incompréhensibles en dehors de cette optique. S. Marc et même S. Mathieu sont éclaircis par cette lumière. En Jésus Dieu lui-même veut affirmer, en paroles et gestes, son choix pour les damnés de la terre : les bergers, les infirmes, les pécheurs (publicains, adultères et les plébéiens qui ne connaissent la Loi), les pauvres, ceux qui ont faim et ceux qui pleurent, dans la Palestine du 1er siècle de notre temps. » (Miguel du Nicaragua 1988 – CGN p.178)
Le ministère de Jésus est prioritaire par rapport aux modalités de Réalisation de sa mission même, aussi par rapport au choix de la pauvreté.

Lc. 4, 16-19 – Au début de son ministère, dans la synagogue de Nazareth, Jésus proclame que l’Esprit l’a consacré pour porter aux pauvres le bon message, pour proclamer la libération des prisonniers et le don de la vue aux aveugles, pour libérer les opprimés.
Avec ce proclame, mis au début de son évangile, Luc veut nous indiquer les lignes majeures du programme de Jésus. En fait il demeurera ouvert à toute personne, riche ou pauvre, hébreux, romain et païen, il ira même au-delà des attentes des gens, mais il gardera une attitude particulière envers la catégorie des pauvres, au point qu’il sera appelé « le Maître Bon ».
« Le salut porté par Jésus n’est pas l’aide d’un secoureur qui, par hypothèse, intervient professionnellement du dehors pour soulager des personnes à lui peut-être indifférentes : c’est un salut généré par une solidarité profonde. » [Marc Hayet en CGN – (Piccoli Fratelli di Gesù – Come Gesù a Nazaret, ed. San Paolo 2004) - p. 23]
Il reste un « Maître », il veut enseigner une voie valable pour tout le monde et innovatrice pour la transformation du monde. : il agit personnellement, mais il pense à ses disciples : en quoi et comment ils pourront continuer son oeuvre. Il préfère ce qui peut être d’exemple et une nouvelle attitude suivie de beaucoup de monde, plutôt qu’un travail fait d’une façon isolée.
Les opprimés sont dans son cœur, il vit avec cohérence une vie qui ne soit pas une offense à leur pauvreté, s’il le faut il choisit d’être de leur coté, il vit avant les Apôtre ce que Pierre dira par la suite : « Je n’ai ni or ni argent, mais ce que j’ai je te le donne »... et Jésus peut ajouter « ma vie ».
« L’agir pratique de Jésus est très important pour nous, mais ceci est très difficile à déterminer, car les évangiles ont été écrits dans le but bien précis de susciter la foi en Jésus ressuscité. Mais si l’on retourne avec persévérance aux narrations évangéliques, l’on verra quelques signes de cette « pratique ». Ses gestes de miséricorde et de tendresse, sa passion pour les pauvres et les opprimés de tout genre, sa liberté face au pouvoir de la science, de la religion et de l’argent, sa façon de susciter la rencontre qui fait grandir et libère, sa passion pour le royaume qui est soit passion pour communiquer Dieu, soit passion pour les hommes à sauver de la banqueroute totale, ce regard de Dieu qui embrasse la vie, la personne, la société bien concrète de son temps. » (Marcel de l’Avana 1989 – CGN p. 153)
Le choix préférentiel pour les pauvres

L’Ancien Testament présente Dieu comme l’ami et le protecteur des pauvres, le défenseur des orphelins, de l’étranger et de la veuve. Quand sur la terre sera rétabli le Royaume de Dieu, les pauvres ne pourront qu’être les bien-aimés.
Et Jésus se trouve sur la même ligne. L’annonce kérygmatique à la synagogue de Cafarnaum, commence du bien-connu texte d’Isaïe qui prévoit le Messie annonciateur de la bonne nouvelle aux pauvres. Les Béatitudes de Luc aussi sont à lire dans ce contexte : Heureux vous les pauvres, non pas parce que vous êtes pauvres, mais parce que, le Royaume venu, votre pauvreté aura fin.
Qu’est-ce que cela veut dire le mot »pauvre » ?
Bien que le terme ne puisse se référer seulement à un aspect économique, on ne peut pas non plus lui attribuer une signification purement spirituelle. Pauvreté signifie en ce sens une condition de réelle indigence, la condition de celui qui est accablé par terre privé de quelque bien essentiel. La définition marxiste est dépassée, sans tout de même tomber dans l’excès du spiritualisme.
Ainsi l’on comprend la tentative faite par l’Eglise italienne et par d’autres milieux sensibles a ce thème, de remplacer le terme « pauvres » par un autre plus proche au langage de la Bible et à la réalité actuelle : les derniers, les marginaux, les laissés à part.
Les nouvelles pauvretés, celles ainsi-dites post-industrielles ou post-matérielles (les vieux, les handicapés, les anciens prisonniers, ceux qui sont sortis d’hôpitaux psychiatriques), n’ont pas éliminé les pauvretés traditionnelles. Il y a encore des gens privés de l’essentiel, c’est-à-dire de la santé, de la maison, du travail, du salaire familial, de l’accès à la culture, de la participation. Et notre expérience internationale de vie dans le monde nous permet de creuser cette connaissance aussi au niveau de peuples e groupes humains, marginés dans la société nationale et internationale.
«La meilleure façon trouvée pour mettre Jésus du coté des riches est celle de spiritualiser ses paroles : pauvreté, faim, cessent d’avoir une signification réelle pour se transformer en attitudes spirituelles… En fait l’on ne peut éliminer ni les béatitudes de S. Luc, ni celles de S. Mathieu. L’Esprit Saint qui rend fils de Dieu nous a été donné comme fruit de la mort historique, pour des raisons indissociables politiques et religieuses (le roi des Juifs) de Jésus sur la croix. » (Miguel du Nicaragua 1988 – CGN p. 179).

L’exhortation apostolique « Vita Consecrata » déclare qu’Eglise fait sienne la mission du Seigneur, elle annonce l’Evangile à toutes les personnes, hommes et femmes, et elle s’engage pour leur salut intégral, mais elle a une attention spéciale, une véritable « option privilégiée » envers ceux qui se trouvent dans une situation de plus grande nécessité. Les pauvres dans les différentes dimensions de l pauvreté, sont les opprimés, les marginalisés, les personnes âgées, les malades, les petits, tous ceux qui sont considérés comme les derniers dans la société (cf. VC, 82).

L’option pour les pauvres se situe dans la logique même de l’amour vécu selon le Christ. Tous les chrétiens doivent la faire, mais ceux qui veulent suivre le Seigneur de plus près, en imitant son comportement (les religieux) ne peuvent que se sentir engagés d’une façon toute particulière. La sincérité de leur réponse à l’amour du Christ, les conduit à vivre en pauvres et à embrasser la cause des pauvres. Cela comporte pour tout institut, selon son propre charisme spécifique, l’adoption d’un style de vie, soit personnel que communautaire, humble et austère (cf. VC, 82).
« J’arrivai à me demander avec une certaine inquiétude si nous ne trahissons pas une des dimensions de la charité ne faisant davantage pour le progrès humain des personnes auxquelles le Seigneur nous a envoyé. En même temps tout semblait me dire le contraire, c’est-à-dire qu’il ne faut prendre en charge rien de plus de ce que nous avions déjà : l’infirmerie, une petite offrande technique pour l’installation des pompes, mon aide matériel fixe pour trois enfants, quelques essaies pour commencer des méthodes de culture plus évoluées. Le fait est qu’il y a sûrement une grâce de Nazareth comme fruit de la renonciation à n’importe quelle œuvre humaine pour se consacrer seulement à l’œuvre de Dieu, la grande œuvre qui a été celle de Jésus et qui est l’accomplissement de la création par le salut du monde, salut que Dieu a voulu mettre en relation à notre activité. » (Armand à Annaba en 1989 – CGN p. 60)

Jésus pauvre

Le choix d’une vie “pauvre et austère” de la part de Jésus est la conséquence de sa mission même acceptée des mains du Père, pour l’évangélisation des pauvres (« heureux vous les pauvres, car le Royaume de Dieu est à vous » (Lc. 6,20). Etrangement il ne tire pas les conséquences que la société tire si spontanément : pour aider les pauvres il faut avoir beaucoup d’argent à distribuer ! Ce n’est pas comme ça pour Jésus.
Jésus avec son choix de pauvreté accuse le système : les pauvres sont aimés de Dieu et refusés de la société !
- au banquet sont invités « les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux » (Lc. 14,21). « Je te rends gloire, Père – dit Jésus – car tu as révélé ces choses aux petits » (Lc. 10,21) ; « Qui s’humilie sera exalté » (Lc. 14,11).
- « Le chefs des nations, vous le savez, dominent sur elles et les grands exercent sur elles le pouvoir » (Mt. 20,25). « Ne sont pas les riches qui vous oppriment et vous traînent devant les tribunaux ? » (Jc.2,6). « Un mendiant, de nom de Lazare, gisait à sa porte, couvert de plaies, désireux de se rassasier de ce qui tombait de la table du riche. » (Lc. 16,20).
L’injustice, l’égoïsme et l’avidité sont à la base de la souffrance dans le monde. Tout d’abord il est nécessaire un « homme nouveau », libre de toutes ces limites et péchés. Cette liberté intérieure doit s’étendre à la majorité des hommes de l’univers, pour éliminer réellement la cause du mal.
Celle-ci est la véritable solution de la pauvreté dans le monde. Que tous vivent concrètement, quotidiennement la solidarité, l’amour et la sensibilité envers l’autre.

Jésus ne prend les biens matériels ni pour soi, ni pour les autres. Ce qu’il a il le partage, et il accepte de vivre de partage. Les bonnes déclarations de Zachée nous disent beaucoup de ce que Jésus prêchait aux gens : « Je rendrai quatre fois ce que j’ai volé et la moitié de mes biens je la donnerai aux pauvres. » (Lc. 19,8) : donc justice et partage !
« Qui ne renonce pas à tout ce qu’il possède ne peu pas être mon disciple » (Lc. 14,33). Jésus appelle à soi non pas pour rassembler ce que les disciples laissent, mais parce qu’ils le suivent sur la même route. « Vends tout ce que tu possèdes et l’argent qui t’en vient distribue-le aux pauvres. Alors tu auras un trésor au ciel. Puis viens et suis-moi. » (Lc. 18,22). Et il envoie les siens sans compter sur les structures matérielles, évidemment suivant son style de vie et mission. « Ne portez ni bourse ni sac, ni sandales. » Lc. 10,4). Les enseignements sur cette liberté intérieure, avec la conséquente cohérence de vie, se répètent sans nombre dans l’évangile, surtout de Luc. « Les renards ont leurs tanières et les oiseux du ciel leurs nids, mais le Fils de l’homme n’a pas où poser la tête. » (Lc. 9,58).

Jésus a choisit d’être pauvre dans sa vie sur terre et historique et il est encore présent dans le monde comme pauvre dans la personne des pauvres, en qui a faim, qui a soif, qui est nu. (Mt. 25,31.46).
Le Concile du Vatican II souligne une dimension spécifique de la charité qui nous guide, sur l’exemple de Jésus, à aller particulièrement à la rencontres des pauvres. « Comme le Christ... est envoyé par le Père ‘pour porter la bonne nouvelle aux pauvres, guérir les cœurs blessés’ (Lc.4,18), chercher de sauver qui était perdu (Lc.19,10)’, de la même manière l’Eglise enveloppe de son amour tous les affligés de la faiblesse humaine ; de plus, dans les pauvres et les souffrants elle reconnaît l’image de son fondateur pauvre et souffrant, s’efforce de soulager leur misère, et en eux c’est le Christ qu’elle veut servir. » (LG n.8).
« Pour moi être solidaire signifie m’engager à vivre humblement et courageusement la fraternité dans l’histoire concrète, du coté de Jésus. Et quant à Jésus on ne peut pas faire semblant de ne pas savoir de quel coté il est ! ‘J’avais faim, soif… j’étais malade ou en prison’. Ce n’est pas de sa faute si les rassasiés, les sains, les justes, les riches se fâchent en le trouvant de l’autre coté et non pas tout près d’eux. » (Miguel du Nicaragua en 1988 – CGN p. 179)

« Je crois que notre vocation ‘imitation de la vie de Jésus à Nazareth’, aie quelque chose à voir avec ce « laisser toute chose » (Mc.10,28) ou « perdre sa propre vie » (Mt.10,39). Mais je pense également que les circonstances de l’appel que le Seigneur adresse à chacun de nous, et encore plus, la forme concrète de notre réponse, soient marquées en profondeur par nos différentes identités culturelles. La réponse d’un frère qui provient d’une société riche à l’appel du Seigneur s’exprime très souvent dans le désir de laisser son milieu d’origine, parfois aisé, sa position sociale (plusieurs parmi nous ont étudié) ou même son propre pays ou son propre continent, pour aller vers la ‘dernière place’, partager la vie des plus abandonnés. La pauvreté contient, au début du chemin, un caractère de quelque façon idéalisé, mais il conduit vers ceux qui sont réellement pauvres. N’a-t-il été de même pour Charles de Foucauld ou pour François d’Assise ? Je peux comprendre qu’un jeune africain n’ait pas l’attraction spontanée à un idéal de descente et qu’une insertion extrême ne lui semble pas d’immédiate évidence. Originaire d’un peuple opprimé par la misère, il ne sent pas la pauvreté avec l’attraction de l’idéal. Je crois que Nazareth aie une certaine relativité, je veux dire qu’elle est relative à ce que chacun de nous est, et relative à l’identité du peuple auquel nous appartenons et à l’intérieur duquel nous vivons. » (Charles, prieur de l’Afrique Orientale 1991- CGN p. 112)

Témoins du Christ dans le monde

Le sens missionnaire trouve dans la vie consacrée une réalisation spécifique. Le sens missionnaire se situe au cœur même de toutes les formes de vie consacrée. La personne consacrée coopère efficacement à la mission du Seigneur (Comme le Père m’a envoyé, ainsi je vous envois – Jn. 20,21), en contribuant d’une façon particulière au renouveau du monde. Le choix de vie même du religieux est une annonce des valeurs de l’Evangile. leur style de vie doit réfléchir l’idéal qu’ils professent, en se présentant comme des signes de Dieu et des prédicateurs convaincants de l’Evangile. (VC n. 25).
« Dire que nos voisins et amis ‘habitent notre cœur’ n’est pas seulement une belle formule. C’est une réalité de laquelle nous faisons tous les jours expérience. Ce n’étaient pas un défis de peu d’établir des communautés de frères dans la ‘ participation réelle à la condition sociale de qui n’a ni nom, ni influence dans le monde’ ! » (Marc Hayet en CGN p. 28).

2.e moment

Image de la communauté apostolique

En mettant notre regard sur la communauté de Jérusalem nous pouvons convenir avec l’exhortation Apostolique Vita Consecrata (n.45) qui affirme :
« La vie fraternelle est un élément fondamental du chemin spirituel des personnes consacrées, sur l’exemple des premiers chrétiens de Jérusalem, qui étaient assidus à l’écoute de l’enseignement des Apôtres, à la prière commune, à la participation à l’Eucharistie, dans le partage des biens matériels et spirituels (Ac. 2, 42-47). »
Ce que les Apôtres avaient vécu et reçu comme enseignement de Jésus, ils veulent le mettre en pratique dans l’attente du retour du Seigneur. Le partage des biens est un élément clair et constant dans l’enseignement de Jésus : vois par exemple ce que Jésus avait dit au jeune riche : « Vends tout, donne-le aux pauvres et suis-moi. » Et Pierre par la suite demandera à Jésus : « Et nous qui avons tout quitté, qu’est-ce que nous aurons ? »
L’Eglise primitive souligne : le détachement des biens de la terre, l’attention aux plus défavorisés dans la société à l’imitation du Christ. L’objectif à rejoindre est que « personne d’eux ne soit dans le besoin ». (Ac. 4,34).

Retournent à l’esprit les paroles de Jean le Baptiste: “Qui a deux tuniques, qu’il en donne une à qui n’en a pas; et qui a à manger fasse autant!” (Lc. 3,11). Et Jésus : « Donnez et l’on vous donnera : une bonne mesure, secouée et débordante vous sera versée, car la mesure avec laquelle vous mesurez, sera mesurée à vous en échange. » (Lc. 6,38).
L’Eglise apostolique veut réaliser la communion des biens et enlever le besoin de son sein,... dans l’attente du retour du Seigneur. Paul, dans une perspective temporelle et eschatologique plus réelle, il invitera à continuer à travailler, mais à partager avec qui est pauvre, pour le service du Royaume aussi et dans la fraternité de la foi. « Qui ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus... A ceux-là nous ordonnons, en les exhortant dans le Seigneur Jésus Christ, de manger de leur propre pain travaillant dans la paix. Vous les frères, ne vous laissez pas décourager du faire le bien. » (2Ts. 3,13).
L’Eglise apostolique est restée un point de référence dans l’histoire de l’Eglise.

La fraternité dans un monde de divisions et d’injustice

L’église confie aux communautés de vie consacrée le devoir particulier de développer la spiritualité de la communion tout d’abord à l’intérieur d’elles mêmes, dans une communion fraternelle dans les communautés et dans l’Institut, dans la communauté ecclésiale et au-delà de ses limites, continuant constamment le dialogue de la charité (VC n. 51).
«Est-il possible, quand on n’est pas nés dans cette culture (d’acquisition), y entrer et la partager réellement ? Selon l’expérience des frères c’est d’un coté impossible : l’on reste toujours des étrangers ; même pire : si quelqu’un a grandi dans cette culture, il risque même de la perdre en entrant dans une communauté internationale avec toutes les sécurités qu’elle offre. »
Nous arrivons à avancer seulement parce que les populations nous tendent une main pour nous faire passer de leur coté. Et elles le font ! C’est peut-être l’expérience la plus forte dans notre partage de vie. Ce n’est pas nous qui accueillons les personnes, ce sont eux qui nous reçoivent ; ils pardonnent nos différences et nos « richesses » et ils nous ouvrent leurs bras : ils nous présentent à leurs amis et nous protègent. » (Marc Hayet en CGN p. 30-31).

Une forte provocation actuelle provient d’un matérialisme avide de possession, indifférent aux besoins et aux souffrances des plus faibles et dépourvu de toute considération pour l’équilibre des ressources naturelles. La réponse de la vie consacrée, en contre courrant, se trouve dans la pauvreté évangélique, vécue sous des formes différentes et souvent accompagnée d’un engagement actif dans la promotion de la solidarité et de la charité. (VC. n. 89).

Le pauvre devient l’objet d’une attention particulière en tant que victime d’une injustice perverse. Les invectives des prophètes contre l’exploitation des pauvres sont célèbres. Défendre le pauvre c’est honorer Dieu lui-même, père des pauvres. (Ils ont vendu comme esclaves des hommes honnêtes, ils obligent le pauvre dans la poussière et rendent la vie difficile au faible – dit Amos (2,6) avec des paroles de forte actualité. C’est là la raison pour laquelle la générosité envers eux est justifiée et recommandée (Jean-Paul II le 27/10/1999).

Fortes du témoignage vécu les personnes consacrées pourront dénoncer les injustices commises contre les fils et les filles de Dieu et s’engager pour la promotion de la justice dans le champ social où ils travaillent (VC. n.82). C’est très important cette invitation de l’Eglise dans les paroles du Pape. Tout d’abord il autorise et invite les religieux à s’occuper de la promotion de la justice sociale, il les invite à descendre dans la rue ; en deuxième lieu il pose le juste contexte : « fortes du témoignage vécu ». Donc pas de slogans composés au bureau, ou des initiatives émotives et idéologiques, mais exigence de la vie évangélique vécue parmi et avec les pauvres.
« La dernière cène célébrée par le Seigneur avec ses apôtres avait dans son contexte un sens spécial pour tous. C’était la cène d’adieu qui précédait pour le Seigneur l’heure de se remettre à la violence du pouvoir et du peuple manœuvré, qui serai terminé par sa mort non moins violente…. Notre prière eucharistique se place aujourd’hui sur la même ligne du message et du contexte dans lequel Jésus rend grâce avant de partir pour le calvaire. Où nous portera tout cela ? Jusqu’à quand pourrai-je supporter ? C’est le même chemin par lequel est passé Jésus quand il a eu peur d’affronter ce qui l’entourait et d’accepter la mort sur la croix. » (Serafim à Sao Paulo1985 – CGN p. 146)

La vie consacrée au service des pauvres

Pour la vie consacrée le service des pauvres est un acte d’évangélisation. (VC n.82).
«Il reste vrai que le fait de mettre en commun, de partage avec les pauvres qui nous entourent, les richesses humaines ou divines dont nous sommes dépositaires, ‘n’est pas pour nous quelque chose de facultatif, mais une exigence pure et simple de l’amitié qui nous lie à eux. » (Abdallah à Tazrouk en 1964 – CGN p. 61)

Prophétisme de la vie consacrée
Le Témoignage de la vie consacrée à l’évangile ira de pair évidemment avec l’amour préférentiel pour les pauvres et se manifestera spécialement dans le partage des conditions de vie des plus abandonnés. Beaucoup de communautés vivent et travaillent au milieu des pauvres et des marginalisés, adaptant leurs conditions de vie et partageant leurs souffrances, les problèmes et les dangers.
Il est demandé aux personnes consacrées de donner un témoignage évangélique renouvelé et vigoureux d’abnégation et sobriété, avec un style de vie fraternelle caractérisé par la simplicité et l’hospitalité, ne fut-ce que comme exemple pour ceux qui restent indifférents au nécessités de leur prochain. (VC n. 90)
« Vie de Nazareth ! Occasion favorable pour vivre la fraternité commençant d’en bas ; pour sauver la chaleur humaine. Chemin adapté à valoriser la densité de la vie humaine, chemin où la vie a la première place, où on sait reconnaître la valeur de la vie et de cela l’on joui ; où l’on sait regarder la vie qui jaillit de toute part, dans la nature, en nous ; où il est possible de réveiller l’homme à une véritable liberté face au marché et aux modèles de consumisme et de vie.
Aujourd’hui je crois vraiment que la forme de vie que nous appelons Nazareth, parce qu’elle s’inspire au mystère de vie de Jésus le Nazaréen, soit prophétique, dans le sens qu’elle offre une alternative de vie aux peuples. Prophétique parce qu’elle crie contre la fausseté de tant de choses inutiles, parce qu’elle crie contre l’injustice et l’excès d’exploitation de l’homme et de la nature, parce qu’elle exalte le pauvre, elle en exalte la dignité, elle lui offre la possibilité d’agir qu’il n’a plus, ni quand il est exploité, ni quand on lui offre assistance. Prophétique parce qu’elle met Dieu et l’homme à la place qui leur revient et elle en fait finie avec les idoles Marché, Pouvoir, Argent, Domination. Prophétique aujourd’hui parce que, ensevelie entre les gens, elle est et se veut toujours contemplative, et à cause de cela, comme par contrecoup, elle s’insurgit contre toute manipulation. » (Marcel de l’Avana 1999 – CGN p. 155-156)
Rome, le 23/05/2005