par Alessandro Guarda

La communauté

Mon intervention sur le thème de la communauté a ici le seul but de mettre un contexte au Fonds Commun. J’estime que ce n’est pas seulement un contexte, mais même la condition sine qua non de la bonne marche d’un fonds commun provincial. C’est ma profonde conviction que l’application d’un Fonds Commun Provincial puisse faillir, ou du moins, trouver des grosses difficultés, là où manque une véritable conscience et volonté de faire un travail missionnaire ensemble. Le Plan économique est seulement un instrument et non pas la baguette magique qui résout tous les problèmes économiques des provinces.
Ce Plan Provincial (ou même de zone) devrait être un plan de mission comprenant les buts de l’annonce, de l’animation missionnaire et de la formation, aussi que les réalisations matérielles à réaliser avec une méthodologie missionnaire (combonienne).
Les éléments essentiels en sont:
- la continuité. Un Combonien ne peut pas détruire ou abandonner ce que son prédécesseur a commencé dans l’application du Plan provincial. Il reste vrai qu’elle est toujours nécessaire une révision constante et la vérification des résultats obtenus par rapports aux besoins et objectifs à atteindre.
- une action commune à réaliser ensemble à partir de l’analyse de la situation, dans les choix, dans la décision et dans l’évaluation, car quand les décisions tombent d’en haut, souvent elles n’ont pas de suite.

Il me semble même que ce soit dans la fonction de la Province en tant que telle, de promouvoir et coordonner une action de développement et de témoignage de la charité en liaison avec le Plan d’évangélisation adopté, réalisant donc dans les missions particulières, dans les paroisses et communautés, ce qui avait été envisagé ensemble en tant que province, sans pour autant mortifier les initiatives privées, qui au contraire devraient être valorisées et aidées par un plan d’ensemble, par lequel elles seraient canalisées pour rejoindre un objectif commun. Ceci donnerait rendrait plus sure l’exécution, même si le promoteur du projet serait muté pour des raisons différentes, et donnerait la garantie d’une évaluation du projet plus valide.
Dans ce contexte provincial il serait très souhaitable une stricte collaboration entre provinces du Nord et du Sud du monde, afin qu’il y ait un plan d’action mûri au Sud et réalisé avec la collaboration des confrères du Nord pour une sensibilisation (animation missionnaire) parmi les chrétiens et dans la société attentive aux besoins des pauvres, mais méfiante des initiatives sans suite ni garantie.

Le Chapitre a longuement parlé sur la communauté, a indiqué les traits d’un projet dans le contexte de la réalité culturelle actuelle et avec une projection vers le futur, il a indiqué comme l’économie soit strictement liée à la vie communautaire et offre les moyens pour la réalisation de la mission que la communauté se donne.

1. Tout d’abord nous sommes interpellés par les Pauvres comme l’a été Comboni, dans le sens même de notre vocation et spiritualité:
“Dans les situations de pauvreté, abandon et mort, il découvre dans le Christ crucifié la présence efficace du Dieu de la vie et une multitude de frères à aimer et à valoriser en leur apportant l’Evangile.” (n. 34)
“En vivant cette même expérience de contemplation apostolique, nous aussi, nous vivons la joie de la donation totale, en partageant la force libératrice de l’Evangile avec les crucifiés de l’histoire (faire cause commune – n. 35.2)
“Nous sommes envoyés aux peuples et aux groupes humains plus pauvres et marginalisés.” (n. 36)

Suivant l’exemple de Comboni nous conjuguons ensemble évangélisation et promotion humaine, comme les deux cotés de la même mission. Paul VI dans sa Populorum Progressio parlait de « développement intégral, c’est-à-dire envisageant la promotion de tous les hommes et de l’homme tout entier ». (PP n. 14)
“Avec l’engagement prioritaire de la première évangélisation, nous apportons la Parole au coeur de la vie des personnes… L’évangélisation est aussi promotion humaine. Elle entraîne les personnes et les groupes humains à rejoindre la plénitude de leur dignité” (n. 40.1).
Cela doit être dit pour éviter les excès, d’un coté ceux qui ne veulent pas se mêler au développement matériel et intellectuel des personne se limitant à la catéchèse et aux sacrements, de l’autre coté ceux qui se donnent âme et corps au développement, parfois seulement économique (ou même politique) des gens sans se soucier vraiment de l’annonce de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ.

La méthodologie combonienne est indiquée assez clairement :
+ agir toujours d’une façon communautaire (n.42),
+ dénoncer avec esprit prophétique les situations et les causes des injustices (n.42.6),
+ travailler avec des engagements spécifiques pour une promotion humaine intégrale (n.42.7),
+ partager la vie des pauvres, se servant de l’argent pour une solidarité efficace et respectueuse de leur dignité (n.42.8).

2. Le noyau de la dynamique de la communauté vis-à-vis de son attitude économique nous le trouvons dans le chapitre IV sur la communauté, vue comme sujet et objet de la mission (nn.82-89).

La communauté combonienne se trouve en première ligne sur le front de la globalisation. Ce n’est pas seulement un langage ou une mode, mais une réalité dont nous ne pouvons pas ne pas prendre conscience. La globalisation est une réalité, non pas un choix. Dans ce monde globalisé le Chapitre nous invite à faire notre choix de champ afin que « la communauté combonienne devienne signe de ce village global que l’on veut construire ». (n.82).
Une globalisation alternative donc, que nous appelons communion, solidarité, Royaume de Dieu, mais qui est comme un filet de relations d’un bout à l’autre de la planète. Dans ce contexte nous sommes tous en première ligne sur le front de la globalisation à Rome, au Portugal, à Paris, en Colombie, au Malawi, en RCA, et ailleurs ... et tous solidaires : les confrères du Nord avec ceux du Sud, ceux de l’animation missionnaire avec ceux de la première annonce....
Le choix fondamental du Chapitre à ce propos, développant avec cohérence ce qui avait été dit par les chapitres précédents, est le refus de l’individualisme

Il est dit: “L’appel à la mission est certes, un appel individuel, mais vécu et exprimé comme communauté. Charismes et dons personnels enrichissent la mission et rendent le service missionnaire plus fructueux.” (n. 83)
3. Le Chapitre approfondit le discours communautaire aussi sous le profil des exigences de la vie commune des personnes, du point de vue de la spiritualité et communion trinitaire.
Je souligne l’aspect où s’insère le discours économique : un Plan missionnaire.
Une charte missionnaire communautaire a déjà été faite par plusieurs communautés, et une programmation sexennale est désormais une tradition pour les Comboniens.

Tout d’abord nous avons le Plan historique de Comboni. Nous pourrions le considérer comme une connaissance historique, un bagage culturel à mettre sous les yeux des intellectuels comme un trophée, ou dans les archives avec nos souvenirs de jeunesse ou de nos prédécesseurs. De tant à autre nous le dépoussiérons dans les circonstances et nous y faisons une conférence pour en sauver la mémoire, « pour ne pas oublier ». Nous arrivons même à en cueillir quelque idées prophétiques et à dire qu’elles sont encore actuelles : une façon comme une autre pour dire que le reste ne nous intéresse plus !
Certainement Comboni même s’est détaché de la lettre de son Plan, mais jusqu’au bout il est resté convaincu que c’était l’inspiration et la ligne méthodologique et programmatique à suivre. (Sur le Plan on peut voir l’étude historique faite par le P. Fidel Gonzalez en Archivio Comboniano n. 80). Ce Plan est le premier plan d’action combonienne, auquel ont suivi d’autre programmation et propos, et auquel devraient s’inspirer les Plans Provinciaux pour actualiser le Plan de Comboni dans une province aujourd’hui. Dans ce contexte prend toute son importance l’invitation du Chapitre à « préparer, en dialogue avec les coordinateurs continentaux du secteur de l’évangélisation, une Ratio Missionis de l’Institut (cf. n. 49), d’où ensuite pourront partir les Provinces.

4. Pourquoi j’insiste tellement sur l’importance de ce Plan Provincial et sur sa concrétisation communautaire ? Parce que le rôle et la fonction de l’économie sont pleinement insérés dans la vie et la mission de la communauté. Une réalité à dépasser, éliminer complètement dans notre mentalité est celle de « l’économe à temps perdu, qui compte l’argent qui reste à la fin de l’année » : quelqu’un pointé à cette fonction pour tenir un cahier de comptes, ou peut être pour faire une relation économique à la fion de l’année, pour répondre aux exigences de la règle, que personne comprend pourquoi il faille la faire.
« L’économie est un important secteur de la vie humaine et missionnaire », reconnaît le Chapitre au n. 101, et ceci l’insère dans la vie de la communauté en tant que telle.

“La communauté est le lieu où s’accomplit le discernement, le choix, la réalisation et l’évaluation du travail et du service missionnaire.” (n. 85) “C’est Comboni le premier qui a voulu que la mission soit porté de l’avant par un cénacle d’apôtres (E 2648) où des personnes différentes soient associées pour le même projet commun.” (idem).
Le projet et le travail missionnaire, qu’il s’agisse d’annonce aux catéchumènes, de pastorale de la jeunesse, formation des catéchistes, formation combonienne, animation missionnaire ou n’importe quoi d’autre, c’est un travail de toute la communauté, porté de l’avant ensemble, sûrement avec des compétences différentes, des charismes différents et des formes complémentaires : tous vers le même but concordé !

5. Il devient normal alors le partage des biens et des moyens matériels dans la communauté et dans la province (s’il y a un projet commun). Et ce même partage devient proposition alternative et dénonciation du matérialisme et de la tendance à la consommation dominant dans la société (n.86). S’il n’y a pas un projet commun d’évangélisation, le Fonds Commun deviendra vite le lieu de contraste des intérêts divergents.
Il sera logique d’avoir un Fonds Commun. Là où il manque l’on retrouve non seulement l’attachement à ses propres biens (comment les appeler tels puisque on les a reçus d’autres personnes, pour une mission dont nous ne sommes pas les titulaires, ayant seulement fait un appel pour un travail missionnaire qui nous a été confié) ; on retrouvera surtout un travail missionnaire individualiste : mes projets, mes idées, mes programmes et donc mes choses et mes biens !
Evidemment il faut être soutenus par une programmation où l’on se retrouve, il faut sentir d’avoir une place dans cette communauté provinciale, sentir d’être écoutés, même si évidemment les décisions ne seront pas toutes prises conformément à mon opinion. Alors je me retrouve et je retrouve ma vocation des origines pour les plus nécessiteux et les abandonnés.

6. Dans la logique de la participation au même Fonds Commun il faut aussi insister sur la participation à l’effort de trouver les moyens nécessaires à mettre en commun. « Nous nous engageons tous, dit le Chapitre, dans la recherche des moyens nécessaires pour notre vie et le service missionnaire » (n.102.3). Les difficultés que l’on rencontre souvent, dans le conflit des générations et des mentalités diverses, doivent être dépassées par un objectif commun. Les solutions ne doivent pas être du type mathématique, sur le genre « chaque confrère doit avoir des entrées de la valeurs de 10.000 dollars ». Mais selon la réalité des personnes, de leurs charismes et de leurs connaissances, tous collaboreront, en ce qu’ils peuvent, au maintient de la mission.
Le Fonds et le Plan Communs deviennent plus exigeants soit pour les confrères, que surtout pour les Supérieurs : il est beaucoup plus facile de laisser que chacun fasse ce qu’il veut, sans casser les pieds. Faire marcher un plan commun de mission, il signifie veiller toujours sur tout le territoire, en offrant collaboration, coordination, dialogue et écoute.
C’est exigeant aussi pour l’économe provincial ou de délégation : car il doit gérer tout l’ensemble des biens provinciaux avec un regard réveillé sur ce qui se passe dans chaque communauté et sur quelles seront les possibilités futures, en prévoyant les moments de crise et en évaluant les possibilités d’intervention.
C’est un engagement aussi pour les communautés qui doivent s’engager dans une dynamique de programmation, soit de l’action à accomplir que des moyens à employer, dans l’exécution du programme et budget établi ; ensuite dans une évaluation et compte rendu réguliers, soit à la province et son supérieur, que éventuellement aux bienfaiteurs.

7. Une province avec un Fonds et un Plan Communs devrait avoir aussi un programme commun d’interventions sociales ou de promotion humaine.
Le Chapitre n’en a pas parlé expressément sous ce point de vue, mais il a suggéré la réalisation de projets de promotion humaine qui fassent partie de la programmation provinciale (n.50.1), qu’ils soient confiés à une communauté (n.50.2), qu’ils soient évalués avec des critères pastoraux et techniques répondant aux réelles nécessités de l’Eglise locale et aux critères de pauvreté évangélique (n.102.5), que la gestion soit transparente (n.102.6) et qu’ils favorisent un modèle de développement soutenable et compatible avec les ressources locales (n.102.7).
Les premières indications étaient données pour les « oeuvres significatives », où devrait être soulignée la vocation et le rôle du Frère en mission, mais je pense qu’elles soient aptes pour tout projet social à promouvoir, et qu’en tout cas le Frère devrait participer pleinement au Plan missionnaire de la communauté et province depuis le premier moment de projet à celui final dans la collaboration selon son propre charisme.

8. Ce que je disais au sujet de « village global alternatif» et de collaboration entre Nord et Sud (cf. n.2) est à développer :
Dans les Missions actuellement se multiplient les petits projets individuels ou communautaires, avec la seule signature du provincial, sans une véritable étude du projet, pour ne pas se mettre en contraste avec le confrère qui présente le projet. Il serait plutôt souhaitable une orientation provinciale en ligne avec l’action d’évangélisation provinciale, une coordination des différentes initiatives locales, un seul projet réalisé partiellement dans les différentes missions et communautés.
En Europe on rencontre difficultés à connaître la réelle situation et besoins locaux, on a besoin d’un projet clair présenté en bonne et due forme devant les sponsors et les bienfaiteurs, on sent la nécessité d’un compte-rendu et d’une relation de continuité du projet, on veut une garantie de réalisation et savoir sur qui repose la responsabilité.
La proposition est que :
- les provinces de mission présentent des « projets provinciaux », regroupant sous le même chapitre le même objectif et les réalisations des différentes missions ;
- les provinces européennes assument l’un ou l’autre objectif, tout ou en partie, et qu’elles fassent l’animation des bienfaiteurs sur l’objectif présenté ;
- la province qui reçoit le bénéfice s’engage à donner chaque année une mise à jour des réalisations faites et le travail qui reste à faire ;
- chaque province peut fixer ses priorités ;
- la coordination peut passer par l’économat général.
- en tout cela le titulaire est « les Missionnaires Comboniens ».

9. De tout cela résulte évident que l’économe provincial doit avoir une préparation adéquate à sa fonction et à ce que l’on s’attend de lui.
Dans les quatre assemblées continentales qui ont eu lieu en fin 2004 et 2005 la grande majorité d’économes présents était formée par des italiens (90%) et la moyenne d’age était environ de 60 ans.
Le futur prochain qui nous attend, par exemple dans 25 ans, verra un institut combonien formé au 70% de confrères Américains et Africains. Seront-ils prêts à assumer leur responsabilité ? Ceux qui sont ordonnés cette année auront en ce temps-là à peu près 55 ans, cela veut dire que c’est déjà maintenant le moment de former les économes de demain.
L’expérience nous dit que souvent il n’y a actuellement aucune préparation spécifique, mais on se fie de l’expérience faite. Pour beaucoup de provinces cela veut déjà dire une difficulté énorme à trouver un remplaçant.
Si l’économie a son importance dans la vie de la mission et de l’Institut chaque province doit préparer plusieurs personnes pour le futur, car on ne doit pas penser à un seul individu qui rendent ce service pour toute une vie, ou presque. Chaque province, donc les confrères originaires, devrait préparer son futur. Tous les dix ans un confrère devrait faire une spécialisation en économie. Existe par exemple la branche d’économie pour le développement. Au fil de l’histoire on aurait toujours quelqu’un sur qui compter pour une bonne gestion.

A. Lwanga Guarda
Econome général