Fête du Sacré Coeur, 01-07-2011
«Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés:
demeurez dans mon amour.» (Jn 15,9)
Que le Cœur de Jésus nous accorde la grâce de vivre toujours ouverts à son amour. Bonne fête.
P. Enrique Sánchez González, mccj
Supérieur Général

LA MISSION QUI NAIT DU COEUR

«Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés:
demeurez dans mon amour.» (Jn 15,9)

 

L’icône du Cœur ouvert du Christ Bon Pasteur, élément essentiel de notre spiritualité missionnaire et combonienne, nous permet ces jours-ci de nous approcher d’un des aspects importants et décisifs de notre être missionnaires dans l’Eglise et dans le monde où nous nous trouvons aujourd’hui à vivre notre consécration religieuse et missionnaire. Je saisis cette occasion de la célébration de la fête du Sacré Coeur pour partager avec vous quelques pensées, avec le souhait qu’elles nous aident à vivre cette fête comme un moment de renouvellement et d’ouverture à la grâce de l’amour du Christ qui nous est offert afin de vivre en profondeur notre vocation missionnaire, comme l’expérience d’un amour qui nous rend heureux et satisfaits de notre être pour les autres. Dans la réflexion sur notre spiritualité, que cette année nous sommes en train d’approfondir, il me paraît important de vous inviter à nous arrêter un moment à contempler le Coeur de Jésus afin de mieux comprendre qui nous sommes et ce que nous sommes appelés à accomplir comme missionnaires, du moment que nous partageons, avec nos contemporains, un monde qui peine à trouver la droite direction pour vivre en plénitude le don de la vie qui doit se traduire en authentique bonheur.

Porteurs d’un grand amour

“J’ai été crucifié avec le Christ, et si maintenant je vis, ce n’est plus mois qui vis : le Christ vit en moi. Et ce que je vis maintenant dans la chair, je le vis avec cette foi où le Fils de Dieu m’a aimé et a donné sa vie pour moi ” (Gal 2,20).

En contemplant le Cœur de Jésus, la première chose qui devrait nous frapper est le fait que nous ne sommes pas en face d’une simple image qui touche à notre affectivité et à nos sentiments, mais nous nous trouvons en contact avec une proposition symbolisée dans le Cœur qui nous provoque à briser tous nos schémas et toutes nos certitudes afin d’entrer dans le monde de la gratuité. Dans le monde de l’amour et de la foi, de l’impossible, selon nos paramètres, mais de l’infini, selon les désirs du Seigneur. Dans le monde du tout possible et nouveau, selon le Cœur de Dieu. Le Cœur ouvert du Christ Bon Pasteur nous fait comprendre qu’au commencement de tout, de notre être chrétiens, consacrés, comboniens, missionnaires, il y a l’initiative de Dieu qui nous invite à entrer dans le mystère de son amour et nous fait comprendre que notre nom et prénom, à partir de ce moment, ce n’est rien d’autre que ce que l’on exprime avec deux mots: je suis aimé. Nous sommes des personnes profondément aimées du Seigneur et appelées à rester dans cet amour comme exigence et condition pour trouver le sens de notre existence, de notre être dans le monde, mais sans lui appartenir. Nous sommes des personnes aimées, destinées à devenir présence et témoignage de l’amour que Dieu ne se fatigue pas de déverser sur notre humanité; l’amour toujours proposé aux hommes et aux femmes de notre temps et de tous les temps comme unique possibilité de plénitude de vie. Nous sommes l’objet de l’amour qui rend tout possible dans ce monde. L’amour créateur et rédempteur, l’amour qui nous rend dignes et nous fait devenir libres, l’amour qui étend nos horizons et nous fait devenir des rêveurs d’un monde différent, d’une humanité plus fraternelle et juste. Le Cœur du Seigneur n’est pas le simple lieu où nous allons cacher ou déposer nos besoins quotidiens d’affection et de sécurité; ce n’est pas l’espace où notre imaginaire peut décharger toutes nos prétentions de superficialité et de plaisirs passagers. Non, le Coeur du Seigneur est le sanctuaire où nous sommes défiés à vivre la renonciation totale à nous mêmes, le vidage qui nous fait devenir dépendants de l’Autre et des autres; c’est le lieu précis où nous sommes appelés à vivre de l’Amour (avec un a majuscule) pour devenir capables de vivre en aimant. Qui nous sommes-nous ? La réponse la plus simple est celle qui nous permet d’affirmer que nous sommes seulement ce que nous laissons faire à l’amour en nous. Nous sommes ce que nous permettons de devenir à l’amour du Seigneur en nous.

Notre mission

“Je suis le bon berger et je connais les miens  comme il me connaissent, tout comme le Père me connaît et moi je connais le Père. Et je donne ma vie pour les brebis. J’ai d’autres brebis qui ne sont pas dans ce parc. Celles-là aussi je dois aller les chercher ” (Jn 10,14-16).

En cherchant de donner une réponse à la question sur notre mission, à partir de la perspective du Coeur du Seigneur, il me paraît nécessaire de dire en toute simplicité que depuis que Dieu est Dieu, la mission a toujours été un fait de grande actualité et il en est ainsi car elle est l’expression de ce qu’en Dieu est essentiel, c'est-à-dire l’amour. Dès que Dieu est amour, il est nécessairement missionnaire, dès que la dynamique de l’amour est d’aller toujours à la rencontre de l’autre, et ce que nous connaissons de Dieu est justement ceci, qu’il s’est mis en marche depuis l’éternité pour aller à la rencontre de ses aimés et répondre ainsi à sa dimension essentielle, l’amour. Dieu s’est fait missionnaire par amour: celle-ci est la plus belle nouvelle qu‘aujourd’hui encore nous sommes appelés à porter jusqu’aux limites du monde et dans les profondeurs de l’humanité. Le seul unique vrai engagement qui est le nôtre est de devenir les témoins de cet amour, car nous sommes devenus les porteurs de ce mystère et Dieu a voulu se servir de notre pauvreté pour manifester son amour. Il n’y a rien d’autre à dire. Jusqu’à quand nous n’aurons pas appris que la mission est l’expression plus forte de l’amour du Seigneur pour nous, notre « faire missionnaire » n’ira pas au de-là du projet humain qui nécessairement fait de nous des protagonistes arrogants de quelque chose qui est au-dessus de toutes nos chances de réussite. Le mystère de la mission, en effet, se manifeste, se révèle, se fait compréhensible et raisonnable justement dans l’approfondissement de la connaissance et de l’expérience de l’amour. Aujourd’hui, pour vivre la mission, les chemins parcourus sont nombreux, pour la rendre compréhensible on fait de nombreuses recherches, on donne de différentes interprétations pour l’expliquer et montrer son importance et sa nécessité dans la recherche de sens de notre vie, mais la mission, finalement, ne peut se comprendre que dans la logique de l’amour.

En contemplant et en priant le mystère de Dieu, il devient clair que la mission est une réalité qu’on comprend non pas avec la tête, ni avec nos arguments rationnels, et non plus avec notre habilité de programmer, calculer, projeter. Ce n’est pas non plus avec nos analyses statistiques ou les données sociologiques, économiques et politiques ou nos élucubrations philosophiques et théologiques, que la mission devient plus claire. Il suffit de regarder combien de théories, langages, études continuent à paraître et à provoquer notre réflexion. L’on parle de mission ad intra, ad extra, ad gentes... L’on discute sur quelles sont les terres de mission. L’on parle de nouveaux aréopages et de nouvelles situations missionnaires... Mais, au fond, la question reste sur la manière de comprendre ce que c’est que la mission aujourd’hui, pour nous, en ce moment précis de notre histoire et de la sensibilité de notre humanité. Je crois qu’une réponse convaincante peut arriver seulement si nous arriverons à développer notre capacité de voir, sentir et comprendre avec le cœur.

Garder le don qui nous a été donné

“C’est la raison pour laquelle je veux réveiller et raviver le don de Dieu que tu as reçu quand je t’ai imposé les mains ” (2Tim 1,6).

En tant que missionnaires nous avons été appelés à devenir des veilleurs de l’amour et nous sommes les gardiens du mystère de cet amour que nous portons en nous, comme le dit saint Paul: “Mais nous portons ce trésor dans de vases de terre, pour que cette force extraordinaire ne semble pas venir de nous et reste l’affaire de Dieu ” (2Cor 4,7).

En regardant notre vie et notre mission à travers l’expérience du Coeur de Jésus, comme expérience d’un grand amour qui nous habite, nous avons une grande responsabilité qui peut paraître simple mais qu’en ce moment précis de notre histoire comme Institut est devenue un grand défi. Je parle de l’amour à notre vocation missionnaire vécue à travers la consécration religieuse et le ministère sacerdotal. Car nous avons été aimés profondément, nous avons été appelés à partager avec le Seigneur sa mission et donc nous n’avons pas le droit de négliger le don reçu. L’expérience de l’amour qui nous est révélée dans le Coeur de Jésus est et doit être pour nous un rappel à vivre en profondeur cet amour, en portant au centre de notre vie et de nos intérêts la personne du Seigneur. Aujourd’hui nous ne pouvons pas vivre un authentique engagement missionnaire si nous ne sommes pas conscients de l’amour que le Seigneur nous porte et si nous ne sommes pas disposés à organiser toute notre vie autour de cet amour.

Certes, nous pouvons faire un très grand nombre de choses dans nos missions, mais le vrai engagement pour nos frères et soeurs, l’aide vraie que nous pouvons offrir, l’authentique solidarité que nous pouvons exprimer à travers notre faire cause commune, le rôle prophétique qui est le nôtre dans le monde où nous sommes appelés à développer notre service, en un mot, la mission vraie ne peut naître que de l’expérience de l’amour que nous portons en nous comme don du Seigneur.

C’est pourquoi, je pense qu’il est nécessaire d’apprendre à garder notre coeur afin de ne pas perdre la passion typique de l’amour.

Aujourd’hui c’est une grande souffrance que de voir comment quelques uns parmi nous vivent dans une superficialité qui peut vider l’existence et crée du malaise et de l’insatisfaction qui se traduisent en frustration. C’est une grande tristesse pour nous de devoir accompagner aussi des confrères qui ont égaré la fascination de la vocation car ils ont été naïfs et ils n’ont pas su garder leur coeur, en laissant que s’y infiltrent d’autres amours qui n’ont rien à voir avec cet Amour qu’un jour nous a demandé de lui consacrer tout notre être, toute notre personne. Là où il n’y a pas d’amour, la mission devient impossible.

Aujourd’hui plus que jamais, pour vivre une authentique expérience de l’amour qui naît du Coeur de Jésus, il est indispensable d’apprendre à garder notre « moi » le plus profond de manière à que l’Amour occupe tout entier l’espace de notre cœur et nous enseigne à penser et à agir selon cet Amour. Cette disponibilité se traduira en amour passion pour les personnes qui nous sont confiées dans la mission.

C’est ainsi que nous nous apercevrons que le Cœur de Jésus Bon Pasteur, dans notre spiritualité, ce n’est pas seulement une image qui touche nos sentiments, comme cela a déjà été dit, mais devient l’icône qui nous défie à grandir dans l’amour que le Seigneur seul peut nous donner, garantie de notre être des missionnaires authentiques.

En regardant notre monde avec passion, nous ne pouvons pas rester indifférents face à tant de souffrances qui ne sont rien d’autre que la négation et le refus de l’amour que le Seigneur veut semer dans le cœur de nous tous.

En tant que missionnaires et comboniens nous sommes appelés à vivre de manière que nos frères et sœurs puissent découvrir l’Amour qui naît dans le coeur du Seigneur et ceci sera possible dans la mesure où nous seront capables de témoigner, par notre vie et notre engagement en faveur des plus pauvres, que nous sommes missionnaires car nous portons en nous un amour qui nous pousse à aller à la rencontre de ceux qui sont les destinataires de l’Amour, de la passion de Dieu pour ses enfants.

Que le Cœur de Jésus nous accorde la grâce de vivre toujours ouverts à son amour. Bonne fête.

P. Enrique Sánchez González, mccj
Supérieur Général