Méditation pour le V Dimanche de Carême – Année C

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«Que celui d’entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre.»

Jean 8,1-11

Va !

Au coeur de la marche cahotante de la vie comme au coeur des vicissitudes que connaît notre monde, un murmure, un appel, une invitation, peut-être un cri retentit : “Va !”

Il est attendu cet encouragement par tous ceux que l’obstacle décourage et que la nuit écrase. Et l’humanité, tout spécialement secouée par les crises économiques, sociales et spirituelles, ne souhaite-t-elle pas savoir qu’elle peut se relever ?

Le discours dominant rappelle d’abord les erreurs qui conduisent à tant d’impasses. Les condamnations pleuvent davantage que les encouragements !

Jésus ne se limite pas à lancer un ordre entraînant ni même une invitation optimiste à rebondir. Il nourrit ce sursaut de toute sa confiance : “Ne pèche plus !” Le Seigneur de vie ne nous transporte pas soudain dans un avenir radieux dont l’homme serait l’auteur. Il dit notre faute et notre incapacité à répondre à l’Amour véritable. Notre péché est bien là!

Le Christ ne se contente pas de juger notre conduite négative.

En déclarant : “Ne pèche plus !”, il affirme à la femme adultère, à chacun de nous, empêtré dans ses contradictions, à notre monde, source de tant d’injustices, qu’ils sont capables de dépasser les comportements mortifères. Oui, il peut venir le jour où l’Amour règnera, où Justice et Paix s’embrasseront !
Ne peut-on traduire “Ne pèche plus !” par “Prends ta part dans l’établissement des relations fraternelles là où tu vis !” ?

Recevoir ce souffle de vie à cette étape du Carême, tandis que les jours de passion et de résurrection se rapprochent est une Bonne Nouvelle ! Au coeur de la nuit, il est bon de découvrir la confiance que Dieu nous fait.
Guy Aurenche

Un monde nouveau est là

Le commentaire des lectures bibliques
par Marcel Domergue, jésuite

Tirée de la première lecture, cette expression rejoint les dernières lignes de la seconde, où Paul nous dit : « Oubliant ce qui est en arrière, je cours vers le but… » Qu’est-ce qui est en arrière ? Certainement ce que Paul a vécu jusque-là mais, comme on peut le lire au début de ce passage, une vie centrée sur « l’obéissance à la Loi de Moïse », désormais remplacée par la foi au Christ et la justice qu’il nous apporte. Une justice qui nous rend conformes à la Loi mais qui la dépasse, car ce que nous cherchons n’est plus obéir à sa lettre, mais le Christ luimême ; et cela se traduit par notre amour qui répond à l’amour du Christ pour nous. Il ne s’agit plus d’un devoir, mais d’une communion.

En quoi tout cela concerne-t-il la femme adultère ? C’est qu’au centre du récit, nous voyons Jésus se pencher pour « écrire du doigt sur la terre » (traduction littérale). Tout y est : Dieu se penche sur nous, sur la terre d’où nous venons et où nous retournons ; il écrit (et non « trace des traits » comme l’interprète la traduction liturgique) : il écrit du doigt. Or l’expression « écrire du doigt » ne revient que trois fois dans l’Écriture. La première fois en Exode 31,18 : le doigt de Dieu a écrit la Loi sur des tables de pierre. Deutéronome 9,10 le répète. Enfin, Daniel 5 nous montre la main de Dieu écrivant sur le mur du palais royal les trois mots qui signifient la condamnation du roi Balthazar au nom de la Loi de Dieu. Voici maintenant Jésus qui écrit sur terre une loi nouvelle, la Loi ultime : la Loi de l’amour, qui commence par le pardon ; un pardon qui ira jusqu’à nous absoudre du meurtre du Fils de Dieu.

La Loi nouvelle

Et voici la femme adultère. Seule, alors que la Loi de Moïse prescrit aussi la mise à mort de l’homme (Lévitique 20,10). Pourquoi une telle sévérité ? Si l’adultère paraît aux Hébreux passible de mort, c’est parce qu’il a quelque chose à voir avec un meurtre : le mari et la femme trompés sont en quelque sorte mis de côté, oubliés, éliminés. Un meurtre virtuel, si l’on peut dire. Il fallait que ce soit en face du pire que Jésus écrive sur terre la Loi nouvelle, la Loi d’un amour capable d’absoudre tous les manques d’amour.

Remarquons qu’au début du récit, on ne s’adresse pas à la femme : elle n’est qu’un prétexte pour une discussion à propos de la Loi. Jésus, se levant, prononce ses premières paroles pour renvoyer les accusateurs à eux-mêmes. Ainsi, le projecteur passe de la femme à ceux qui veulent la lapider. Les voici eux-mêmes face à la Loi de Moïse : « Que celui d’entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre. » Lourde responsabilité: tous attendent cette pierre pour se mettre à lapider à leur tour. Or, il n’y a qu’un homme sur terre qui soit sans péché : celui qui s’est de nouveau penché sur le sol pour écrire la Loi nouvelle, la loi du pardon par amour. Ceux qui veulent lapider se retrouveraient injustes selon cette Loi, même en étant innocents, ce qui n’est pas le cas. Les plus vieux sont certainement les plus coupables, ou les plus lucides. Choisissez.

De la justice à l’amour

Dans la première Alliance, c’est le peuple tout entier qui est souvent accusé d’adultère : il délaisse Dieu pour se tourner vers d’autres dieux. La femme sans nom de notre évangile représente donc tout son peuple. Bien plus : son adultère est la figure de toutes nos idolâtries. Idolâtrie du sexe mais aussi de l’argent, de la consommation, de la notoriété, du pouvoir. Idolâtrie de la « justice », en ce sens que nous désirons et même exigeons que les coupables soient punis. Notre système pénal ne cherche pas seulement la rééducation des coupables et le retour à l’ordre, mais une revanche du type oeil pour oeil, dent pour dent. C’est dans cette exigence que se tiennent les accusateurs de la femme adultère.

De plus, accuser l’autre est une manière d’affirmer que l’on est soi-même un juste, et c’est bien ce que Jésus va les amener à mettre en question. Ils ont à redécouvrir qu’il n’y a « pas un juste, pas un seul ». Corrigeons : dans notre récit, il y en a un, celui qui écrit sur la terre. Sa justice à lui, au lieu de condamner, se communique aux injustes, rend justes ceux qui ne le sont pas. Et c’est précisément ce seul homme que la Loi ne pouvait trouver en défaut qui sera mis à mort. Sa condamnation ne découlera pas d’une infraction à la Loi : il donnera sa vie gratuitement. Goûtons la tendresse paisible du dialogue final entre Jésus et la femme. Nous voici sortis du domaine du juste et de l’injuste, pour nous trouver dans celui du véritable amour. Savourons le dialogue final qui restitue à cette femme sa dignité de personne humaine.
Père Marcel Domergue, jésuite, 2010
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