Solennité de l’Ascension du Seigneur – Année C

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Le jour de l’Ascension, quarante jours après le dimanche de Pâques, jour de la Résurrection, et dix jours avant la Pentecôte, l’Église célèbre l’élévation du Christ : Jésus entre dans le ciel avec son corps.

Luc 24, 46-53

Inquiétante disparition

Le jour de l’Ascension, quarante jours après le dimanche de Pâques, jour de la Résurrection, et dix jours avant la Pentecôte, l’Église célèbre l’élévation du Christ : Jésus entre dans le ciel avec son corps.

Dans les Actes des apôtres, il est dit que Jésus, sous le regard de ses apôtres, “s’éleva” et qu’ “une nuée le déroba à leurs yeux”. Jésus a disparu. Il s’est évaporé en quelque sorte, laissant ses disciples ébahis… et désolés. Encore une fois, il a fallu les rassurer, les consoler, les tourner vers l’avenir. Deux hommes vêtus de blanc (des anges ?) leur furent envoyés : “Hommes de Galilée, pourquoi restez-vous ainsi à regarder le ciel ?” Il nous arrive aussi parfois de rester à contempler le ciel et de nous lamenter parce que nous ne voyons plus rien. Tout est noir, et vide. Jésus “monté” au ciel est absent et les anges, hélas, ne viennent pas nous rassurer. Mais ce que nous disent aussi les textes, c’est que Jésus, qui connaissait bien ceux qui l’entouraient, ne les laisse pas se morfondre trop longtemps : “Il commença d’une manière mystérieuse, à être plus présent par sa divinité, alors qu’il était plus éloigné quant à son humanité” explique Léon le Grand. Et cette perception de la présence divine de Jésus nous est aussi permise. C’est sans doute cela la belle leçon de cette fête de l’Ascension : Jésus, “monté au ciel”, invisible et immatériel, nous reste mystérieusement présent. Bonne fête à tous, y compris et surtout, à ceux qui doutent de cette présence !
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Lever le regard vers le ciel, pour le tourner ensuite vers la terre

Aujourd’hui, [nous célébrons] la solennité de l’Ascension du Seigneur. Cette fête contient deux éléments. D’une part, elle dirige notre regard vers le ciel, où Jésus glorifié est assis à la droite de Dieu (cf. Mc 16, 19). D’autre part, elle nous rappelle le début de la mission de l’Eglise: Pourquoi? Parce que Jésus ressuscité et monté au ciel envoie ses disciples diffuser l’Evangile dans le monde entier. Par conséquent, l’Ascension nous exhorte à élever le regard vers le ciel, pour le tourner ensuite immédiatement vers la terre, accomplissant les tâches que le Seigneur ressuscité nous confie.

C’est ce que le passage de l’Evangile nous invite à faire aujourd’hui: l’événement de l’Ascension y vient immédiatement après la mission que Jésus confie aux disciples. C’est une mission sans limites — c’est-à-dire, littéralement «sans limites» — qui dépasse les forces humaines. En effet, Jésus dit: «Allez dans le monde entier, proclamez l’Evangile à toute la création» (Mc 16, 15). Cette tâche que Jésus confie à un petit groupe d’hommes simples et sans grandes compétences intellectuelles semble vraiment trop audacieuse! Pourtant, cette petite compagnie, sans importance face aux grandes puissances du monde, est envoyée pour apporter le message d’amour et de miséricorde de Jésus aux quatre coins de la terre.

Mais ce projet de Dieu ne peut être réalisé qu’avec la force que Dieu lui-même accorde aux apôtres. En ce sens, Jésus les assure que leur mission sera soutenue par l’Esprit Saint. Et il dit: «Mais vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit Saint qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre» (Ac 1, 8). C’est ainsi que cette mission a pu se réaliser et que les apôtres ont commencé cette œuvre, qui a ensuite été poursuivie par leurs successeurs. La mission confiée par Jésus aux apôtres s’est poursuivie à travers les siècles, et continue aujourd’hui encore: elle requiert notre collaboration à tous. Chacun, en effet, en vertu du baptême qu’il a reçu, est habilité en ce qui le concerne à proclamer l’Evangile. C’est précisément le baptême qui nous habilite et nous pousse à être des missionnaires, à annoncer l’Evangile.

L’Ascension du Seigneur au ciel, tout en inaugurant une nouvelle forme de présence de Jésus parmi nous, nous demande d’avoir des yeux et un cœur pour le rencontrer, le servir et en témoigner auprès des autres. Il s’agit d’être des hommes et des femmes de l’Ascension, c’est-à-dire des chercheurs du Christ sur les chemins de notre temps, qui portent sa parole de salut jusqu’aux extrémités de la terre. Sur cet itinéraire, nous rencontrons le Christ lui-même dans nos frères, spécialement dans les plus pauvres, dans ceux qui souffrent dans leur chair de l’expérience dure et mortifiante de pauvretés anciennes et nouvelles. De même qu’au commencement, le Christ ressuscité a envoyé ses apôtres avec la force de l’Esprit Saint, ainsi, aujourd’hui, il nous envoie tous, avec la même force, pour apporter des signes concrets et visibles d’espérance. Parce que Jésus nous donne l’espérance, il est allé au ciel et a ouvert les portes du Ciel et l’espérance que nous arriverons là.

Que la Vierge Marie qui, en tant que Mère du Seigneur mort et ressuscité, a animé la foi de la première communauté des disciples, nous aide nous aussi à garder «haut les cœurs», comme nous exhorte à le faire la liturgie. Et en même temps, qu’elle nous aide à avoir «les pieds sur terre» et à semer avec courage l’Evangile dans les situations concrètes de la vie et de l’histoire.
Pape François 
Regina Coeli 13.5.2018

Ascension

Les évangiles synoptiques ne parlent pas de quarante jours d’attente, c’est presque immédiatement que le Christ quitte ses apôtres. Jean n’évoque même pas l’Ascension. Ce sont les Actes qui parlent de quarante jours. Leur auteur s’intéresse aux premiers pas des Chrétiens, à la compréhension qu’ils devaient avoir pour être à mêmes de suivre le Christ. S’il évoque cette quarantaine, c’est évidemment en référence à d’autres qui les ont précédés sur la route de la rencontre de Dieu.

Dieu a accompagné son peuple en fuite pendant quarante ans au désert pour qu’enfin il le reconnaisse comme son protecteur unique et soit alors à même de s’installer en terre promise. Élie a marché quarante jours pour Le trouver sur l’Horeb. Il fuyait ses responsabilités, menacé par Achab, mais Dieu l’a rattrapé, a pris soin de lui pour qu’il puisse enfin le rencontrer :

« L’ange du Seigneur le toucha et lui dit : « Lève-toi, et mange! Autrement le chemin serait trop long pour toi. » Élie se leva, mangea et but. Puis, fortifié par cette nourriture, il marcha quarante jours et quarante nuits jusqu’à l’Horeb, la montagne de Dieu (1 Rois 18, 7-8). »

Quarante jours au désert dans l’intimité du Père pour que Jésus se sente prêt à commencer sa mission après avoir rejeté les autres idoles, qui sont encore les nôtres, soif de possession, soif de pouvoir, soif de nous-mêmes. Cela lui permettra de ne pas fuir comme Élie lorsque le drame arrivera. Il faut enfin quarante jours après Pâques pour que les Apôtres, en fuite eux aussi, retournés à leur vie de pêcheurs galiléens ou s’éloignant de Jérusalem comme les disciples d’Emmaüs, acceptent de faire leur deuil de toutes leurs illusions, de leurs espoirs bien concrets (ils se disputent encore les places et comptent sur l’instauration d’un royaume en Israël). Alors ils reviennentà Jérusalem, centre de la mort-résurrection, d’où ils pourront partir en mission et non pas pour revenir sur leurs pas à leur vie antérieure.

Ce temps après Pâques est celui de la rencontre de Jésus qui tente de faire comprendre aux disciples qu’il n’est pas venu pour établir un royaume terrestre et leur ouvrir l’esprit sur le sens de sa mission. Quarante jours pour les accompagner dans la compréhension des voies du Père. Leur faire comprendre que la Croix est le centre du mystère : elle manifeste la relation entre le Père et le Fils qui Lui confie l’humanité, elle est le chemin nécessaire pour faire de nous des fils comme Jésus est le Fils. Il faut passer de la religion du Père tout-puissant auquel tout est soumis, à celle du Fils et du Dieu faible qui invite les hommes à vivre dans son amour. La résurrection n’a pas de sens sans la Croix, elle est l’achèvement du processus de l’Incarnation qui permet à Dieu de nous faire entrer dans sa vie, dans sa relation trinitaire. On sort d’une relation de dépendance, finalement assez confortable si on se soumet, à une relation d’amour libéré qui prend toute la vie, qui chamboule tout, qui détruit les repères habituels, qui exige tout en n’exigeant rien.

Les disciples étaient repartis à leurs affaires, mais Jésus vient les prendre les uns et les autres par la main, de façon plutôt incognito, pour les remettre sur le bon chemin en leur ouvrant les yeux. Et l’autorité qu’il leur octroie pour la mission est légitimée par l’amour qu’ils ont pour lui (on ne parle pas d’obéissance) :

« Pierre, m’aimes-tu ? Oui, Seigneur. Pais mes brebis » (Jn 21, 15).

Cette démarche, Jésus la fait avec nous aussi, de façon tout aussi discrète. Pour faire le deuil de tous nos espoirs de puissance, de réussite1, pour pouvoir nous mettre en chemin avec lui . Qu’est-ce qui dirige nos vies ? A la fin de ce temps pascal qui nous a fait revivre l’essentiel de notre foi, il est temps de savoir où nous voulons nous diriger. Il est temps de savoir écouter, d’être attentifs. Il est temps de nous déprendre pour recevoir. Il est temps d’entrer dans l’intimité de Dieu, et non dans sa dépendance.

Bientôt nous serons envoyés en mission, avec la venue du Paraclet. La route se déroule dans le brouillard et l’obscurité. Comme pour les disciples d’Emmaüs, c’est en marchant que nous serons éclairés.
Marc Durand

1 – Il ne s’agit évidement pas de dénigrer la réussite humaine, Jésus est justement venu nous humaniser. Il s’agit de la mettre à sa place et ne pas en faire une idole.

Publié le 29 mai 2019 par Garrigues et Sentiers

Jean 17, 20-26

En ce temps-là, les yeux levés au ciel, Jésus priait ainsi : « Père saint, je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là, mais encore pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi. Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes UN : moi en eux, et toi en moi. Qu’ils deviennent ainsi parfaitement un, afin que le monde sache que tu m’as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m’as aimé. Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, ils soient eux aussi avec moi, et qu’ils contemplent ma gloire, celle que tu m’as donnée parce que tu m’as aimé avant la fondation du monde. Père juste, le monde ne t’a pas connu, mais moi je t’ai connu, et ceux-ci ont reconnu que tu m’as envoyé. Je leur ai fait connaître ton nom, et je le ferai connaître, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et que moi aussi, je sois en eux. »

Comment parler à Dieu ? Qu’est-ce qui nous motive pour nous adresser à lui ? Quelles paroles utiliser pour prier ?

L’arme de la prière

Quand nous voulons prier Dieu, souvent nous nous appuyons sur des formulations que d’autres, avant nous, ont adressées au Très-Haut. Ou nous nous présentons à Lui avec les besoins du moment : demandes pour recevoir du réconfort, la paix pour le monde, le pardon pour nos fautes.

Heureusement, nous ne sommes pas seul.e.s, nous avons un maître à côté de nous. Sur ce chemin de la prière il s’agit de suivre, d’écouter le Christ. Nous vient alors à l’esprit cette prière que les deux évangélistes Matthieu et Luc nous proposent (sous des formes différentes) et que nous prions si souvent, seul.e ou ensemble. « Notre Père… ».

Mais qu’en est-il des deux autres évangélistes, Marc et Jean ? N’en parlent-ils pas ? Non. En tout cas pas sous cette forme qui nous est si familière. Mais Jean nous transmet dans son évangile une prière de Jésus qui est d’une rare densité. Pourtant, ni le catéchisme ni la liturgie ne nous proposent de l’apprendre par cœur. Trop difficile à comprendre. Trop long pour une récitation personnelle ou communautaire. Il est vrai : le texte de Jean occupe un chapitre entier de son évangile.

Néanmoins, j’ai connu une situation où l’on invitait les jeunes à s’approprier cette prière en l’apprenant par cœur, si possible dans une langue autre que la langue maternelle. C’était en Slovaquie, du temps du communisme. Les chrétiens devaient vivre leur foi de manière cachée, clandestine. Mais des délations, des trahisons étaient fréquentes. Suivies par de la prison, des privations de sommeil, des pressions, des maltraitances pour briser l’autonomie psychologique et la liberté spirituelle. Évidemment aucun contact avec l’extérieur n’était permis, ni avec la famille ni avec les amis.

La prière était alors la seule arme disponible pour tenir dans la résistance. Prier comme Jésus, la veille de sa mort. Prier, non pas tant pour être relâché mais pour ne pas se laisser séparer de la confiance en Dieu ou se laisser diviser intérieurement.

Les jeunes que j’ai rencontrés avaient appris par cœur l’ensemble du chapitre 17 de l’Évangile de Jean. Ils connaissaient les mots de cette prière. Mais aussi sa force. Ils en étaient convaincus : le Christ lui-même continue à prier ainsi aujourd’hui, en permettant de s’associer à lui. Bien plus, en permettant d’accueillir au fond de soi sa présence et son mouvement vers le Père, source de tout amour.

À nous, la liturgie propose ce texte en tant que lecture. Pourtant, le premier destinataire de ces paroles demeure celui que Jésus nomme « Père juste » et à qui il confie sa vie, le non-achèvement de sa mission, les générations futures qui reconnaîtront le Christ grâce au témoignage des disciples… Cette prière est comme un testament, l’expression riche d’une dernière volonté cachée dans un langage dense et complexe.

« Qu’ils soient un tout comme nous. » Une écoute nuancée de ces paroles nous préserve d’un malentendu important. L’unité dont il est question ici n’est pas synonyme de fusion, d’indifférenciation, d’uniformité ou de confusion. Au contraire elle est dynamique, mouvement et accueil ; don et tâche qui inscrivent une note eschatologique au creux de l’histoire. Elle manifeste le souffle créateur. C’est parce que les disciples se trouvent au centre de la prière de Jésus et donc de l’offrande de sa vie, que le Père pourra être reconnu par ceux qui sont appelés « le monde ». Ce terme, bien inhabituel pour nous dans l’usage qu’en fait l’évangéliste, indique une existence refermée sur elle-même, une sorte d’auto-emprisonnement, d’auto-esclavage. Un monde privé d’amour.

« Je suis en toi, dit Jésus, comme tu es en moi. » À partir du moment où les disciples perçoivent ce mystère avec les yeux du cœur, ils pourront se tenir ensemble dans un amour fraternel. Leur unité dans l’immense diversité des langues et des traditions se fonde sur l’accueil de la prière ardente du Christ : que le monde vienne à reconnaître l’amour du Père.

Agnès von Kirchbach, pasteur de l’Eglise protestante unie de France (paroisse de Saint Cloud, Celle Saint Cloud) et enseignante à l’ISEO (Institut supérieur d’études œcuméniques)
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