Samedi 22 février 2020
En portant son regard sur la région, le Pape trace des chemins concrets pour une écologie humaine qui prenne en compte les pauvres, pour la valorisation des cultures et pour une Église missionnaire à visage amazonien.

«Le rêve est un lieu privilégié pour la recherche de la vérité. Et même Dieu a choisi bien des fois de parler en rêve». Ces mots, prononcés par François en décembre 2018 au cours d’une homélie lors de la messe à la Maison Sainte-Marthe faisant référence à saint Joseph, un homme silencieux et concret, nous aident à comprendre le regard du Pape sur l’Amazonie à travers l’exhortation post-synodale. Un texte écrit comme une lettre d’amour, où les citations de poètes abondent, aidant le lecteur à entrer en contact avec la beauté merveilleuse de cette région, mais aussi avec ses drames quotidiens. Pourquoi l’évêque de Rome a-t-il voulu donner une valeur universelle à un synode limité à une région spécifique ? En quoi l’Amazonie et son destin nous concernent-ils ?

La réponse émerge en parcourant les pages de l’exhortation. D’abord parce que tout est lié : l’équilibre de notre planète dépend aussi de l’état de santé de l’Amazonie. Et puisque l’on ne peut séparer le salut des personnes du salut des écosystèmes, nous ne pouvons pas rester indifférents devant la destruction de la richesse humaine et culturelle des peuples indigènes, ni devant la dévastation et les politiques de surexploitation qui détruisent les forêts. Mais il y a un autre élément qui rend l’Amazonie universelle. D’une certaine manière, les dynamiques qui s’y manifestent anticipent des défis devenus proches de nous : les effets sur la vie des êtres humains et sur l’environnement d’une économie mondialisée et d’un système financier de plus en plus insoutenable ; la coexistence de peuples et de cultures profondément différents ; les migrations ; la nécessité de protéger la Création, qui risque d’être irrémédiablement blessée.

«Querida Amazonia», protagoniste de la lettre d’amour de François, représente avant tout un défi pour l’Église, appelée à trouver de nouveaux chemins d’évangélisation, en annonçant le cœur du message chrétien, ce kérygme qui rend présent le Dieu de la miséricorde qui a tant aimé le monde qu’il a sacrifié son Fils sur la croix. L’homme, en Amazonie, n’est pas la maladie à combattre pour guérir l’environnement. Les peuples originels de l’Amazonie doivent être préservés avec leurs cultures et leurs traditions. Mais ils ont aussi droit à un témoignage évangélique. Ils ne doivent pas être exclus de la mission, de l’attention pastorale d’une Église bien représentée par les visages brûlés sous le soleil de nombreux missionnaires âgés, capables de se déplacer pendant des jours et des jours en canoë uniquement pour rencontrer des petits groupes de personnes et leur apporter la caresse de Dieu ainsi que le réconfort régénérateur de ses sacrements.

Avec son exhortation, le pape François témoigne d’un regard qui va au-delà des diatribes dialectiques qui ont fini par représenter le Synode presque comme un référendum sur la possibilité d’ordonner prêtres des hommes mariés. La question est débattue depuis longtemps et pourra l’être encore à l’avenir, car «la continence parfaite et perpétuelle» n’est «certainement pas requise par la nature même du sacerdoce», comme l’a déclaré le Concile œcuménique Vatican II. Une question à laquelle le Successeur de Pierre, après avoir prié et médité, a décidé de répondre sans prévoir de changements ou de nouvelles possibilités de dérogations par rapport à celles déjà prévues par la discipline ecclésiastique actuelle, mais en demandant de repartir de l’essentiel : d’une foi vécue et incarnée, d’un élan missionnaire renouvelé, fruit de la grâce. Autrement dit, il s’agit de laisser place à l’action de Dieu, et non à des stratégies de marketing ou des techniques de communication des influenceurs religieux.

«Querida Amazonia» invite à une réponse «spécifique et courageuse» en repensant l’organisation et les ministères ecclésiaux. Elle appelle toute l’Église catholique à la responsabilité, afin qu’elle puisse ressentir les blessures de ces peuples et les difficultés de ces communautés dans l’impossibilité de célébrer l’Eucharistie dominicale, et y répondre avec générosité, par l’envoi de nouveaux missionnaires, en valorisant tous les charismes et en se concentrant davantage sur les nouveaux services et les ministères non ordonnés, à cofier de manière stable et reconnue aux laïcs et aux femmes. En citant précisément l’apport irremplaçable de ces dernières, François rappelle qu’en Amazonie la foi s’est transmise et a été maintenue debout durant des décennies grâce à la présence de femmes «fortes et généreuses» sans «qu’un prêtre ne passe les voir».
Andrea Tornielli – Cité du Vatican