“Maintenant je me sens tranquille. Mais nous verrons. D'une façon ou d'une autre, ma situation devra se résoudre”. C'est ce que m'a dit le Fr. Alessandro, le dimanche 20 janvier, après avoir fait avec beaucoup de sérénité et de paix sa confession, la dernière d'une vie vécue intensément en bon religieux et en bon missionnaire. Il avait accepté de se laisser hospitaliser au Centre pour malades et âgés (CAA) de Milan sans savoir qu'il expirerait dans un lit que, probablement, il avait acheté lui-même quand il était chargé, en tant qu'économe, de pourvoir à tout le complexe de l’infirmerie. J'avais connu le Fr. Alessandro au noviciat en 1946-1947, où il se distinguait par la diligence qu'il a toujours donné à profusion dans toutes les occupations de sa vie.
Ses parents, Pietro et Bianca, “avec un cœur peiné pour le sacrifice imposé, mais contents pour la grande grâce que le Seigneur leur avait faite”, en août 1945, donnèrent à leur fils la permission de devenir Combonien. Alessandro avait alors 17 ans et était dessinateur en mécanique. Quelques années plus tard, il écrivait que sa vocation était une des nombreuses grâces que la Vierge lui avait faites.
Ayant achevé son noviciat à Venegono, il prononça ses voeux temporaires au mois de décembre 1947. Il fut alors nommé à Vérone, puis à Venegono et à Gozzano: une année environ dans chacun de ces lieux, de 1947 à 1950, au service de la maison, à la lingerie et à la promotion des vocations. De 1950 à 1953, il fut formateur au petit séminaire de Thiene. Après une année d'étude de l’anglais à Londres, il fut envoyé au Sud Soudan, d'abord à Torit comme enseignant (1954-1959), puis à Rejaf, pour une année, avec les “Apôtres de Jésus” et, de 1960 à 1964, à Juba comme formateur au petit séminaire. Mgr. Sisto Mazzoldi avait très confiance dans sa précision et pouvait compter sur lui, non seulement dans sa préparation liturgique des célébrations solennelles, mais également sur l'impact positif que la présence du Fr. Alessandro avait sur les séminaristes. A cause de cela, il lui avait confié la formation des candidats Frères africains dans l’Institut qu'il avait fondé, l’Institut de St. Martin de Porres. Puis, en 1964, ce fut l'expulsion de tous les missionnaires du Sud Soudan.
Ses supérieurs, encouragés par son expérience de la mission, décidèrent de charger le Fr. Alessandro de la formation des Frères (CIF) à Pordenone (1964-1973) et par la suite le nommèrent supérieur de cette même communauté (1973-1981). Pour cette charge, non prévue par la Règle de l’Institut (de nature cléricale), il fallait un indult de Propaganda Fide qui donnerait la faculté à l’Institut de “nommer les Frères laïcs au poste de supérieur de communauté locale ou de Vicaire dans l'une ou l'autre maison déterminée, destinée exclusivement à la formation des Frères”. Parmi les nombreuses réflexions que le Fr. Alessandro envoyait régulièrement au Conseil Général, sur la fonction qui lui était confiée, nous en rapportons une qui est encore très actuelle: “Je crois comprendre que c'est justement la mission qui fait découvrir les exigences et la place que devrait avoir la ligne de formation du Frère”.
De 1982 à 1992 , il fut économe à Venegono, qui, à l'époque, abritait le noviciat, où le Fr. Alessandro se dévouait également à la promotion des vocations. Il vint ensuite à Milan, où il eut la charge de gérer le nouveau CAA en construction. Dans une lettre au P. Vittorio Moretto, Vicaire Général, il écrivait: “Je pense et j'en suis profondément convaincu que ce ne sont pas les murs qui rendront efficace et humain un centre pour malades mais plutôt les personnes qui seront appelés à les assister”. Là, pour obtenir des subsides de la Région Lombarde, il dût déployer toutes ses capacités et toute sa patience.
Les deux dernières années de sa vie, il les passa à Rebbio dans la maison qui accueille les confrères âgés. J'ai revu le Fr. Alessandro au cours de la matinée du 22 janvier 2008, jour de sa mort, tandis que j'étais de passage à Milan avec un confrère. Il m'a dit qu'il allait très mal. Nous avons prié et je l'ai encouragé en lui disant qu'il allait dominer également cette crise. Il a été heureux de la bénédiction. Maintenant il repose à Oggiono, son pays natal de l'Alta Brianza. Il a été enseveli dans la chapelle réservée aux prêtres et aux religieux du pays.
(P. Tarcisio Agostoni)