Lundi 30 septembre 2019
François a annoncé, dimanche 1er septembre, la création de 13 nouveaux cardinaux, dont 10 électeurs en cas de conclave. Ces cardinaux, qui seront créés le 5 octobre prochain, sont emblématiques de cette Église ouverte et en dialogue que promeut le pape. [La Croix]

Le pape nomme 13 nouveaux cardinaux,
signes d’une Eglise ouverte et en dialogue

Le Pape François avec Mgr Fridolin Ambongo Besungu, archevêque de Kinshasa.

C’est un consistoire très « bergoglien » qui se déroulera le 5 octobre prochain, à la veille de l’ouverture du Synode sur l’Amazonie. Les 13 nouveaux cardinaux, dont 10 électeurs, annoncés par le pape dimanche 1er septembre sont des hommes proches de lui, qui partagent sa vision d’une Église aussi ouverte et en dialogue qu’en lien avec la réalité.

Qui sont les nouveaux cardinaux nommés par le pape François ?

Si, à première vue, avec cinq nouveaux électeurs sur dix, l’Europe semble avoir la part belle dans ce nouveau consistoire, il ne faudrait pas croire à un recentrage européen. Au contraire. Ainsi, deux Espagnols sont nommés, mais l’un est archevêque de Rabat – où il a accueilli le pape en mars, après avoir longtemps été missionnaire en Amérique latine –, tandis que l’autre, Mgr Miguel Ayuso Guixot, vient d’être nommé président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux dont il était auparavant le secrétaire. Tous deux sont donc des hommes dans la ligne du Document sur la fraternité signé en début d’année à Abou Dhabi par lequel le pape François veut renouveler le dialogue avec l’islam.

Cette volonté d’un dialogue interreligieux ambitieux comme axe du pontificat est renforcée par le chapeau donné à Mgr Michael Fitzgerald, ancien président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, évincé en 2006 par Benoît XVI qui lui reprochait notamment d’avoir été une des chevilles ouvrières des rencontres d’Assise (1). Une consolation pour celui qui avait été écarté comme nonce en Égypte, sans jamais s’en plaindre.

Dialogue, ouverture et proximité

Cette volonté d’une Église ouverte et proche est renforcée par les choix du Portugais José Tolentino Mendonça, nouvel archiviste du Vatican, connu pour son souci de dialogue avec la société contemporaine, ou de l’Italien Matteo Zuppi, emblématique de ces « évêques de rue » que promeut François. Sa nomination, qui fait de l’archevêque de Bologne un personnage incontournable de l’Église catholique italienne, est aussi un message de promotion de l’accueil des migrants, que ce proche de la Communauté de Sant’Egidio a toujours défendu.

Ce que confirme aussi la nomination de Mgr Jean-Claude Hollerich : quelques semaines avant les dernières élections européennes, l’archevêque de Luxembourg, et surtout président des évêques de l’Union européenne, s’était fortement engagé dans un article remarqué de La Civiltà Cattolica – revue jésuite italienne dont les épreuves sont relues par la Secrétairerie d’État – contre les populismes et l’instrumentalisation des peurs.

Le choix d’un autre jésuite, le père Michael Czerny, sous-secrétaire en charge de la section des migrants et réfugiés du Dicastère pour le développement humain intégral, marque aussi ce souci de François de mettre en avant des hommes qui relaient son message sur cet autre sujet fort de son pontificat.

Une Église impliquée dans les tourments des hommes

Dans les autres cardinaux choisis aux périphéries, qui ne sont pas oubliées dans ce sixième consistoire du pontificat, cette question des migrants a aussi sa place, signe que le dossier est loin d’être seulement européen aux yeux du pape François. Ainsi l’élévation surprise de l’évêque guatémaltèque Alvaro Ramazzini, responsable du dossier dans sa conférence épiscopale et qui s’est beaucoup élevé contre la politique américaine de barrage aux migrants. À Rabat, lors du voyage du pape en mars, Mgr Lopez Romero avait aussi montré à François une Église de migrants au service des migrants.

Plus largement, à Kinshasa, La Havane ou Djakarta, les nouveaux cardinaux de François sont les émissaires d’une Église impliquée dans les tourments des hommes auprès desquels ils sont envoyés et qui n’ont pas peur de donner de la voix chaque fois que leur dignité est menacée.

Si, dans les consistoires précédents, François avait pu choisir des cardinaux des périphéries qui ne partageaient pas toujours son souci d’ouverture, le prochain consistoire, qui se tiendra à la veille d’un synode contre lequel les adversaires de François fourbissent leurs armes, renforcera donc nettement l’identité « bergoglienne » du collège des cardinaux.

Symboliquement d’ailleurs, et même si la majorité pour être élu pape est des deux tiers des suffrages, ce Sacré Collège voit, pour la première fois, plus de 50 % des électeurs être désormais nommés par François lui-même.

Le Sacré Collège

Au soir du 5 octobre prochain, les équilibres continentaux du collège des cardinaux ne seront pas sensiblement modifiés.

Avec 43 % des électeurs (contre 42,6 % après le consistoire du 28 juin 2018), l’Europe se renforce légèrement (les Italiens, première nationalité du Sacré Collège, restent sous la barre des 20 %).

L’Amérique latine progresse légèrement (de 17,6 % à 18 %) tout comme l’Afrique (de 12,8 % à 13,3 %).

L’Asie (de 13,6 % à 12,5 %) et l’Océanie (de 4 % à 3,1 %) sont en léger recul.

L’Amérique du Nord demeure stable (10 %).

(1) Outre Mgr Fitzgerald, les deux autres nouveaux cardinaux de plus de 80 ans (et donc non-électeurs en cas de conclave), sont Mgr Sigitas Tamkevičius, jésuite et ancien archevêque de Kaunas (Lituanie), dont le témoignage de martyr du communisme avait grandement marqué le pape, et Mgr Eugenio Dal Corso, évêque italien, missionnaire en Argentine puis en Angola où il sera évêque de Benguela.

Nicolas Senèze, à Rome, le 01/09/2019
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