Lundi 13 juillet 2026
Le document du Secrétariat Général de la Mission (juin 2026) présente le parcours de développement des pastorales spécifiques comboniennes, tel que défini par le XIXe Chapitre Général et en continuité avec le discernement initié en 2015. L’orientation de fond répond à l’exigence de dépasser une pastorale « générique » pour embrasser une contextualisation plus profonde, en phase avec l’invitation d’Evangelii Gaudium à une Église « en sortie », capable d’inculturer l’Évangile dans les différentes réalités et cultures.
Les priorités continentales – distinguées en groupes humains prioritaires (évoquant la dimension ad gentes) et en éléments transversaux (comme la GPIC, l’animation missionnaire et les médias) – deviennent le critère pour réduire la fragmentation des engagements et requalifier les présences missionnaires, en communion avec les Églises locales.
Le texte identifie quatre piliers qui qualifient le développement de ces pastorales : la synodalité, conçue comme un chemin partagé au niveau continental et avec les Églises locales ; la ministérialité, qui articule des services divers dans une vision commune ; l’écologie intégrale, qui embrasse toutes les dimensions de la réalité en connexion ; et le dialogue prophétique avec les traditions religieuses. Le lien avec la formation initiale et avec la réorganisation des circonscriptions est également souligné, dans un contexte de contraction des forces missionnaires qui rend urgente une plus grande collaboration et regroupement.
La partie centrale du document propose une structure méthodologique pour la définition de chaque pastorale spécifique, articulée en six éléments : vision (fruit de l’analyse critique, de la réflexion théologique et du discernement pastoral), insertion (style de présence et de proximité), orientations pastorales (bonnes pratiques et lignes directrices), articulation ministérielle (coordination et structures), synodalité (niveaux de communion) et modèles de présence (description des points de départ, éléments essentiels, horizons, conditions et limites). Ces modèles, définis comme « dynamiques et en évolution », constituent un outil précieux pour accompagner de nouveaux confrères et pour requalifier les engagements existants.
Enfin, le document illustre le parcours initié par le Conseil Général pour la cartographie des pastorales spécifiques dans les continents, à travers des groupes de recherche, des questionnaires et des webinaires de validation. L’objectif est de parvenir à une synthèse communicative qui favorise l’animation missionnaire, l’orientation des confrères et la formation initiale, tout en créant des réseaux ministériels continentaux pour la réflexion et la collaboration. L’exercice de cartographie est présenté comme un point de départ – non d’arrivée – d’un chemin synodal de requalification, qui demande l’engagement actif des communautés et des confrères pour générer des fruits durables dans la mission combonienne.
SYNTHÈSE
Les 5 points-clés du document sur les pastorales spécifiques comboniennes
Dans notre manière de concevoir une pastorale spécifique, il existe des éléments fondamentaux et une structure logique qui nous permettent de la décrire de façon systématique. Grâce à cette charpente méthodologique, il est possible d'arriver à une synthèse communicative de ces pastorales – un résultat d'importance fondamentale pour plusieurs raisons : d’abord, pour un chemin synodal et partagé qui tienne ensemble les grandes diversités de contextes et d’expériences ; ensuite, pour communiquer clairement à l’extérieur nos choix et en rendre compte ; enfin, pour orienter les confrères vers ces pastorales et pour la formation ministérielle des jeunes missionnaires étudiants. Les cinq points-clés qui suivent mettent en évidence les caractéristiques de notre approche des pastorales spécifiques.
1. De la pastorale générique à la pastorale spécifique et contextualisée
Le cœur du tournant combonien est le dépassement de la pastorale générique – qui fait plus ou moins ce qui se fait partout – pour embrasser une pastorale spécifique, enracinée dans les contextes, les cultures et les groupes humains prioritaires. Il ne s’agit pas d’un simple ajustement organisationnel, mais d’une véritable requalification de l’identité missionnaire.
Le document part d’un constat honnête : beaucoup de présences comboniennes, bien qu’étant situées « aux frontières de la mission », mènent en fait une pastorale indistincte. Cette généricité risque de trahir la spécificité du charisme combonien, né pour aller « au-delà » et rejoindre les peuples non encore évangélisés. Le choix des pastorales spécifiques selon les priorités continentales représente donc un retour aux sources : une reprise consciente de la vocation ad gentes. L’inculturation de l’Évangile devient le critère fondamental : il ne s’agit pas d’appliquer des schémas préconçus, mais de se laisser interpeller par les cultures et les situations particulières.
Les circonscriptions sont appelées à réduire, focaliser et collaborer, abandonnant la logique de la multiplication des engagements pour embrasser celle de la profondeur et de la qualité.
2. La synodalité comme méthode et style de vie missionnaire
Les pastorales spécifiques ne peuvent pas être développées en isolement. Elles requièrent un chemin synodal qui implique Églises locales, continents, circonscriptions et missionnaires individuels dans un processus d’écoute, de partage et de collaboration réciproque.
La synodalité n’est pas un concept abstrait, mais une nécessité opérationnelle et spirituelle. Au niveau local, l’insertion implique une communion avec l’Église particulière : le missionnaire est un compagnon de route qui marche avec le peuple de Dieu. Au niveau continental, la synodalité se traduit en spécialisations partagées, échange de personnel, groupes de réflexion. Dans un contexte de diminution du personnel, la mise en commun des ressources et des compétences devient non seulement une valeur évangélique, mais une stratégie de régénération.
Les Conseils continentaux deviennent des acteurs clés dans la coordination. Les circonscriptions sont invitées à dépasser des logiques nationalistes pour s’ouvrir à des collaborations plus larges. La formation doit inclure une préparation spécifique au travail synodal.
3. La ministérialité et l’articulation des services
Chaque pastorale spécifique s’articule en une pluralité de ministères qui, bien que différents entre eux, sont unis par une vision commune et par une pratique de collaboration. La ministérialité n’est pas seulement un style, mais une structure qui donne forme à l’action pastorale.
Le document distingue entre « pastorale spécifique » (le domaine d’intervention) et « ministères » (les services concrets). Cette distinction évite deux dérives opposées : la confusion générique et la fragmentation. Le défi est de tenir ensemble unité et pluralité, nécessitant des structures de coordination (équipes, programmation, vérification) qui ne deviennent cependant pas des bureaucraties paralysantes. La ministérialité implique aussi une dimension formative : les ministres doivent être préparés à la collaboration et à la lecture interdisciplinaire de la réalité.
Chaque circonscription doit se doter d’instruments de coordination et de vérification. La formation des laïcs et des religieux locaux comme agents de pastorale doit être valorisée.
4. L’écologie intégrale comme clé de lecture universelle
L’écologie intégrale n’est pas un thème additionnel ou sectoriel, mais un paradigme interprétatif qui embrasse toutes les dimensions de la pastorale : sociale, économique, culturelle, ecclésiale, spirituelle, environnementale et politique. Tout est connecté, et la pastorale doit refléter cette interconnexion.
La référence à l’écologie intégrale, empruntée au magistère du Pape François, est l’un des éléments les plus innovants. Il ne s’agit pas d’ajouter une « pastorale écologique » aux autres, mais de reconnaître que toute intervention pastorale a des implications sur plusieurs plans. Une pastorale juvénile qui ne considère pas les conditions économiques et sociales des jeunes risque d’être abstraite. L’écologie intégrale devient ainsi un critère de conception : chaque action doit être pensée dans sa complexité.
Les équipes pastorales devraient inclure des compétences diverses (sciences sociales, économie, écologie, théologie). La conception doit prévoir des analyses de la réalité qui saisissent les structures profondes.
5. Cartographie et systématisation pour un chemin proactif
Le document ne se limite pas à esquisser des principes, mais initie un processus concret de cartographie et de systématisation des pastorales spécifiques, visant à créer une « synthèse communicative » qui serve à l’animation missionnaire, à la formation et à l’orientation des confrères.
La cartographie n’est pas un exercice bureaucratique, mais un acte de discernement communautaire. Il s’agit de restituer de façon systématique où nous en sommes avec chaque pastorale spécifique, en documentant les visions, les modèles d’insertion, les orientations et les pratiques consolidées. Ce travail permet d’apprendre de l’expérience, crée un patrimoine partagé à transmettre aux nouvelles générations, et favorise la création de réseaux continentaux. La cartographie est présentée comme un « point de départ, non d’arrivée » : un processus dynamique qui se met à jour continuellement.
Les communautés et les confrères sont appelés à participer activement à la collecte de données et à la validation. Les Conseils continentaux ont la tâche d’animer le processus. La formation initiale devra intégrer les résultats comme matériel didactique.
Conclusion
Les cinq points-clés tracent un parcours organique et cohérent : on part d’un choix de fond (la pastorale spécifique et contextualisée), mis en œuvre à travers une méthode synodale et une structure ministérielle, interprété à la lumière de l’écologie intégrale, et enfin documenté et systématisé à travers un processus de cartographie qui devient un outil de croissance et de régénération. Le tout est animé par la conscience que nous nous trouvons dans un « changement d'époque » qui requiert du courage, de la créativité et un esprit de communion. La synthèse communicative qui en résulte n’est pas une fin, mais un moyen pour cheminer ensemble, rendre compte de son action, orienter les confrères et former les jeunes missionnaires au service des pastorales spécifiques.
Pastorales spécifiques comboniennes
Secrétariat Général de la Mission
Le cheminement de l’Institut
Le XIXe Chapitre Général a confirmé l’orientation déjà indiquée par le Chapitre précédent concernant le développement de pastorales spécifiques :
« Nous assumons les pastorales spécifiques selon les priorités continentales (cf. AC ‘15, 45.3) comme point de référence pour la réorganisation des engagements (réduction, focalisation, collaboration) dans les Circonscriptions et les Continents ». (AC ‘22, 31)
Dans le discernement fait en 2015, il était en effet apparu que, dans de nombreux cas, nous sommes, par la grâce du Seigneur, présents aux frontières de la mission, en ligne avec le charisme combonien. Cependant, souvent la pastorale que nous menons est générique, c’est-à-dire que l’on fait plus ou moins ce qui se fait aussi dans d’autres contextes. L’appel de l’Evangelii gaudium, qui inspira ce Chapitre, fut un stimulant pour reconsidérer l’approche pastorale en vue d’une plus grande contextualisation, fruit d’une Église en sortie, attentive aux situations particulières et aux cultures, elles aussi à évangéliser, pour une inculturation de l’Évangile.
Cette orientation représente également une opportunité de requalification de nos présences missionnaires, en communion avec les Églises locales. D’une part, grandir dans la pratique de l’insertion, à partir de la connaissance des langues et cultures locales, en faisant cause commune avec le peuple, par le service pour que le peuple émerge comme protagoniste de son propre chemin d’évangélisation (cf. la Régénération de l’Afrique avec l’Afrique), dans une perspective d’inculturation de l’Évangile.
D’autre part, face à une charge excessive d’engagements – compte tenu de la disponibilité et de la force du personnel – et à leur fragmentation, qui rend très difficile la continuité pour réaliser des parcours cohérents et d’ensemble, on a pris conscience qu’il est possible de réduire la dispersion et la fragmentation en se focalisant sur les priorités continentales, sur lesquelles il existe un consensus depuis déjà longtemps. En particulier, à une analyse critique de ces priorités, il apparaît que ces priorités continentales sont de deux types différents : il y a celles qui concernent des groupes humains prioritaires et qui sont donc très évocatrices du point de vue charismatique, car elles actualisent la dimension ad gentes. Ce qui est intéressant, c’est que ces priorités ne sont pas nombreuses et cela signifie qu’il est possible d’avoir, au niveau continental, une focalisation qui nous aide à surmonter la dispersion et la fragmentation. Ensuite, il y a des priorités qui sont en réalité des éléments transversaux à tout contexte missionnaire, comme par exemple le Dialogue interreligieux et la Justice, Paix et Intégrité de la Création, l’animation missionnaire, ou les médias.
Réaffirmant l’orientation des pastorales spécifiques selon les priorités continentales, le XIXe Chapitre a souligné également d’autres aspects qui caractérisent leur développement. Il y a l’aspect de la synodalité, donc la conscience qu’il s’agit d’un cheminement que l’on ne peut pas faire seul. Cela requiert une communion avec les Églises locales, mais aussi une réflexion, collaboration et échange au niveau continental, qui peut prévoir des spécialisations partagées, un échange de personnel, des groupes de partage et de réflexion. (AC ‘22, 33)
Ensuite, il y a l’aspect de la ministérialité, qui, en plus d’indiquer le style pastoral de service et de collaboration, nous parle aussi de son articulation, de sorte qu’à l’intérieur d’une pastorale spécifique nous trouverons divers ministères qui procèdent d’une vision commune et s’intègrent mutuellement.
Cela se relie à un troisième aspect sur lequel le Chapitre a insisté, à savoir l’écologie intégrale et le magistère du pape François. En effet, lorsque l’on parle d’écologie intégrale, on n’entend pas faire simplement référence à l’environnement ou aux changements climatiques. Du moment que tout est connecté, que tout est en relation, toutes les dimensions de la réalité (sociale, économique, culturelle, ecclésiale et spirituelle, environnementale, politique et ainsi de suite) rentrent dans le domaine pastoral. (AC ‘22, 29-30)
Enfin, l’aspect participatif et dialogique du développement des pastorales spécifiques requiert également une ouverture, un dialogue avec les traditions religieuses (RTA et asiatiques, Islam, Églises locales, etc.), dans la ligne d’une mission qui se fait « dialogue prophétique ». (AC '22, 31.7)
Le développement de pastorales spécifiques au niveau continental est une bonne opportunité également pour le processus de révision de la formation et du regroupement des circonscriptions. La phase finale de la formation initiale – scolasticats et Centre International de Formation (CIF), a pour tâche, selon la Ratio Fundamentalis, de promouvoir de manière spécifique la dimension ministérielle missionnaire. Il est souhaitable que les étudiants à ce stade de formation puissent développer les compétences nécessaires pour un service en ligne avec les priorités missionnaires de l’Institut. En ce qui concerne les circonscriptions, avec la tendance à la diminution et au vieillissement du personnel, il est prévisible qu’il y aura bientôt une contraction sensible des forces missionnaires sur le terrain. Cela aura des répercussions considérables sur la possibilité de mener à bien des réflexions et des approfondissements missionnaires, d’innover et de répondre aux nouveaux défis de la mission. Cependant, une communion et une collaboration plus étroites entre les circonscriptions, qui pourrait éventuellement devenir un regroupement, focalisées sur des pastorales spécifiques communes, pourrait faciliter une régénération et un renouveau missionnaire continus même avec des effectifs et des communautés plus réduits sur un territoire national.
Pour réaliser tout cela, il faut être proactif et systématique. Un engagement pris par le Chapitre, en effet, est de démarrer des parcours participatifs pour accompagner le développement de pastorales spécifiques en relation avec les priorités continentales, en portant une attention particulière aux groupes humains prioritaires. (AC ‘22, 31.1)
Cela devrait faire partie de la programmation provinciale et continentale, comme un processus accompagné et monitoré (AC ‘22, 31.5). Évidemment, selon les cas, ces parcours peuvent avoir des caractéristiques très différentes, compte tenu également du fait que les pastorales spécifiques que nous avons élues comme priorités ne sont pas nécessairement au même niveau de maturation. En tout cas, on ne part pas de zéro, mais il existe déjà plusieurs éléments, pratiques et instruments qui font partie d’une tradition acquise. La première étape sera donc de restituer de manière systématique et synthétique à quel point nous en sommes pour chaque pastorale spécifique.
Éléments d’une pastorale spécifique
En traçant une synthèse de l’état de l’art d’une pastorale spécifique, il faut garder présents certains éléments fondamentaux, à savoir :
1. Vision
La vision pastorale indique l’horizon, ou le rêve, vers lequel s’oriente le service pastoral. Une vision synthétique n’a pas besoin de beaucoup de mots ; néanmoins, elle est le fruit d’un long travail qui se base sur une analyse critique de la réalité, une réflexion théologique et un discernement pastoral.
L'analyse critique vise à la compréhension de la réalité dans sa complexité, elle utilise les instruments des sciences sociales pour saisir le cadre général, les tendances, les raisons profondes des phénomènes sociaux et leurs implications, les mentalités et les présupposés culturels sous-jacents. En peu de mots, elle conduit à une vision systémique de la réalité, en partant de l’expérience et en passant du niveau descriptif et anecdotique au niveau structurel d’ensemble.
La réflexion théologique est fondamentale pour une lecture de la réalité qui saisisse les germes de vie, la présence et l’action de Dieu dans l’histoire. Éclairée par l’Écriture et le magistère, la réflexion théologique aide aussi à dévoiler les structures de péché, qui ont ensuite des conséquences sur la vie des personnes et des peuples, et à dynamiser une communauté de croyants vers une alternative inspirée du Royaume de Dieu.
Le discernement pastoral, fondamentalement, est orienté à écouter les invites de l’Esprit Saint et à identifier les parcours pour répondre à ces invites. Évidemment, c’est un processus continu, qui se déploie pas à pas, au fur et à mesure que l’on répond par l’action aux défis posés par la réalité.
De tout cela, graduellement, grandit une vision qui, plus elle est mûre, plus elle se simplifie, dans le sens qu’elle saisit toujours mieux l’essentiel et les invites de l’Esprit. (cf. EG 35)
2. Insertion
En plus d’avoir une vision synthétique, une pastorale spécifique nécessite des points de départ adaptés pour accéder à l’expérience du peuple, prendre l’initiative, s’impliquer, accompagner, fructifier et fêter l’expérience du salut, de la transfiguration de la réalité (EG 24). L’insertion décide de la manière d’arriver vers les gens, pour cheminer ensemble, et inclut le style de vie, les structures dont on dispose et que l’on utilise, la manière de se relationner et de collaborer. Il est essentiel d’apprendre la langue du peuple, car cela permet au missionnaire de connaître à fond la culture du peuple. Il peut y avoir différentes manières de pratiquer l’insertion à l’intérieur d’une même pastorale spécifique, selon le type de service, les caractéristiques des ministres, les conditions environnementales. Il est possible donc de donner vie à différents modèles de présence à l’intérieur d’une même pastorale spécifique dans une circonscription donnée. Par exemple, une pastorale des jeunes peut contempler différentes manières de présence : dans l’école, dans des groupes paroissiaux, dans la rue. Ce sont des manières de présence différentes qui aident à rejoindre des destinataires différents et à les accompagner à partir de leurs contextes spécifiques.
3. Orientations pastorales
À partir de l’expérience, en réfléchissant critiquement sur la réalité et en suivant les invites de l’Esprit, émergent de bonnes pratiques corroborées par le temps, qui développent une sagesse pastorale. Analogiquement, avec l’expérience on apprend aussi ce qui n’aide pas ou entrave une action pastorale fructueuse. Grâce au partage des expériences et à la réflexion critique, pour comprendre ce qui fonctionne et pourquoi, il est possible d’arriver à des lignes directrices pour l’action pastorale. Il s’agit d’un passage important, pour éviter de recommencer chaque fois à zéro et de répéter toujours les mêmes erreurs, pour apprendre les uns des autres, pour faire un cheminement cohérent et constructeur d’ensemble. Les orientations pastorales en elles-mêmes sont des indications de principe, qui ensuite nécessitent une contextualisation et de la créativité au niveau local. Elles ne doivent pas être assumées mécaniquement, comme si elles étaient une sorte de baguette magique, mais comprises critiquement, pour être capables de les appliquer de manière circonstanciée et adéquate, sans oublier qu’elles sont des moyens et non des fins en elles-mêmes.
4. Articulation et structures ministérielles
À l’intérieur d’une pastorale spécifique, il y aura divers ministères et agents pastoraux, qui coopéreront comme opérateurs d’une pastorale de communion. Pour maintenir ensemble cette richesse ministérielle, il est fondamental qu’il y ait une équipe de coordination pastorale, une capacité de collaboration ministérielle, une bonne communication et des moments structurés de programmation, vérification, réflexion, prière et célébration. Les divers ministères doivent se confronter, interagir, créer une synergie. Le risque est celui de bureaucratiser le parcours, en multipliant les réunions et les superstructures, en enlevant des énergies et de la fraîcheur au service : le défi est de trouver un équilibre et d’alimenter toujours la communion.
En même temps, cette articulation reflétera l’organisation d’une série de structures pastorales qui, bien que différentes entre elles, devront créer une certaine synergie et une unité dans la pluralité. Il s’agit de structures pastorales qui peuvent constituer tant des modalités d’insertion sur le territoire, que des centres de formation, d’étude et de réflexion focalisés sur la pastorale spécifique et à caractère interdisciplinaire.
5. Synodalité
Une pastorale spécifique est un fait ecclésial, elle ne peut pas être développée en isolement, pour son propre compte. Dans la perspective du Chapitre, c’est une réalité qui comprend également divers niveaux. L’insertion implique d’abord une communion avec l’Église locale, qui est incontournable pour l’action pastorale. Mais ensuite il y a aussi d'autres niveaux, car dans le monde d’aujourd’hui il n’existe plus de réalités vraiment isolées, mais l’interconnexion et les influences réciproques se font sentir partout. Dans notre cas, par exemple, le niveau continental est stratégique, avec la possibilité de partage, d’échange et aussi de collaboration entre circonscriptions. Selon les thématiques, il existe des coordinations ecclésiales aux niveaux régional ou global, comme dans le cas du travail de certains dicastères.
6. Modèles de présence
Comme mentionné plus haut, il peut y avoir différentes manières de présence et formes ministérielles à l’intérieur d’une pastorale spécifique. Il peut y avoir des caractérisations qui varient selon le contexte et les situations, tout en partageant une vision générale et des orientations pastorales communes. La description et la compréhension critique de ces modèles s’avère très utile pour orienter de nouvelles expériences et des confrères dans leur service ministériel, qui peuvent ainsi bénéficier consciemment de l’expérience de ceux qui les ont précédés et donner de la continuité. Pour qui commence une nouvelle présence, il n’est pas besoin, pour ainsi dire, de réinventer la roue : il suffit de discerner quel modèle de départ se prête le mieux au contexte. La conscience de modèles qui fonctionnent et la compréhension du pourquoi et à quelles conditions ils fonctionnent, constitue également une aide considérable à la requalification des engagements. Vivant à l’intérieur d’un changement d’époque, très souvent nous faisons l’expérience que les modèles de présence qui ont bien fonctionné dans le passé marquent le pas. Avoir à disposition de nouveaux modèles peut être d’une grande aide pour répondre à de nouvelles situations et conditions socioculturelles.
Dans la description d’un modèle de présence, ressort avant tout la modalité d’insertion, qui signifie comment arriver de manière significative vers les gens, compte tenu du contexte, de la situation historique, de la culture, des transformations sociales en cours, etc. Il s’agit, en d’autres termes, de trouver le point de départ favorable pour le service pastoral spécifique.
En second lieu, il est utile d’avoir présents quels sont les éléments essentiels de ce modèle et les activités principales qu’il comporte, en mettant au point ce qui constitue la particularité distinctive de cette approche ministérielle.
Il faut ensuite avoir bien clair quel est le point d’arrivée, l’horizon vers lequel le service s’oriente, et quels sont les germes de vie, ou l’action de l’Esprit qui guide le parcours. Cet aspect, évidemment, est le fruit d’un discernement, non d’une idéologie ou d’un projet personnel. Dans l’ensemble, la description du modèle d’insertion doit être capable d’expliquer le point de départ, les points de référence le long du chemin et le point d’arrivée à atteindre dans le parcours.
Pour mieux utiliser le modèle, il faut aussi comprendre quelles sont les conditions qui doivent être réunies pour que le modèle puisse fonctionner et les compétences qu’il requiert ; sans oublier la conscience des obstacles majeurs à surmonter, des limites implicites dans le modèle et de comment il peut se soutenir, même économiquement.
Naturellement, un modèle de présence ne sera jamais une réalité fixe, cristallisée, mais aura aussi sa propre évolution, due aux changements rapides qui caractérisent notre temps. Nous parlons alors de modèles dynamiques, en continuelle évolution. C’est pourquoi ils doivent être évalués périodiquement, actualisés et rapportés avec des annotations sur quelles sont les invites de l’Esprit qui pourraient l'orienter vers de nouvelles formes de mise en œuvre.
Avancer avec détermination
La lettre sur la mission du Conseil Général (1.5.2025) a donné mandat au Secrétariat général de la mission d’animer des parcours continentaux « de faire une étude pour documenter quelle est la réalité des pastorales spécifiques sur le terrain. Nous avons besoin de connaître, tant du point de vue quantitatif que qualitatif, la situation de nos engagements comme Institut sur le front de ces pastorales spécifiques, pour ensuite aller encore plus loin, à travers des parcours partagés de recherche et de réflexion ».
Ces processus ont été lancés en collaboration avec les Conseils continentaux de la mission, qui ont choisi par quelle pastorale continentale selon les groupes humains prioritaires commencer et les communautés engagées dans ces pastorales sur le continent. Ils ont ensuite formé des groupes de recherche, avec la tâche d'administrer les questionnaires pour la collecte de données aux fins de la cartographie. Cet exercice nous permettra également d’arriver à une synthèse communicative de ces pastorales spécifiques, très importante tant pour l’animation missionnaire que pour l’orientation des confrères qui désirent participer à ces pastorales et pour la formation ministérielle initiale (formation de base).
Il y aura ensuite des webinaires pour valider le résultat des recherches et des synthèses, qui offriront également l’opportunité de créer des réseaux ministériels continentaux pour mener à bien la réflexion ensemble, partager expériences et pratiques, lancer des collaborations possibles, des projets de recherche-action, etc.
En conclusion, l’exercice de cartographie et la synthèse communicative des pastorales spécifiques sont le point de départ, non d’arrivée, du cheminement de requalification ministérielle du service missionnaire de l’Institut. Un cheminement qui portera des fruits dans la mesure où les confrères et les communautés qui ont assumé ces pastorales se laisseront impliquer dans ce cheminement synodal, en participant à l’exercice de cartographie, à la validation de la synthèse communicative et à la formation de réseaux ministériels continentaux.